Covid-19 – « Le nombre de tests journaliers au Sénégal est très insuffisant »dixit un Dr de l’hôpital CHI de Poissy

Au cœur de la “guerre” contre le Covid-19, le personnel médical est en première ligne au front. Le Dr Mbaye Diop, pharmacien praticien hospitalier au Centre Hospitalier Intercommunal de Poissy nous accorde une interview où il aborde traitement utilisé jusqu’ici, donne son avis sur l’Artemisia tant chanté ces derniers jours et enfin se prononce sur la stratégie sénégalaise de lutte contre la pandémie. “Il n’est pas normal que l’Institut Pasteur seul détienne l’exclusivité et le monopole pour effectuer ces tests”   Entretien…

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Dr Mbaye Diop – Je m’appelle Mbaye Diop. Je suis Pharmacien Praticien Hospitalier au Centre Hospitalier Intercommunal de Poissy-Saint-Germain en région parisienne. 

Last Leaks – Vous êtes en première ligne dans cette guerre contre le virus Cvid-19 ; comment évaluez-vous à ce stade l’évolution de la pandémie ? 

Dr Mbaye Diop – La pandémie du coronavirus poursuit toujours sa grande circulation avec un caractère meurtrier. En France, depuis quatre semaines, les indicateurs épidémiologiques de circulation du SARS-CoV-2 en communauté et en milieu hospitalier sont en baisse. Dans le monde : 3 264 200 cas sont confirmés dont 1 112 667 en Europe. Il y a eu 233 176 décès dont 129 150 en Europe. L’Europe est le continent le plus meurtri et les pays les plus touchés sont : l’Italie, l’Espagne, la France et la Grande Bretagne. Les états unis sont devenus le nouvel épicentre avec plus de 63000 morts. L’Afrique reste le continent le moins impacté avec 1598 décès confirmés et 12228 guérisons pour 37393 cas enregistrés à la date du 30 avril 2020. 

Last Leaks – Le traitement préconisé jusqu’ici,  hydroxychloroquine n’aurait pourtant pas fait de résultats ?  

Dr Mbaye Diop – Il faut rappeler que la chloroquine est un antiparasitaire antipaludéen, utilisé à grande échelle, dans le passé. Son dérivé, l’hyrdoxychloroquine, est plus utilisé dans certaines pathologies du système immunitaire telles que la polyarthrite rhumatoïde et le lupus. La particularité de ces molécules, c’est leurs effets cardiotoxiques. L’effet antiviral in vitro de l’hydroxychloroquine  contre le Sars-Cov-2 a conduit à émettre l’hypothèse de son éventuelle efficacité clinique chez les patients atteints de covid-19. Deux essais comparatifs ont eu des résultats non concluants et d’autres essais comparatifs randomisés sont en cours. Les résultats seront disponibles d’ici quelques jours.

Le Redemsivir, un médicament contre Ebola et le lopinavir/ritonavir, un médicament contre le VIH ont été testés avec des résultats mitigés. A la date d’aujourd’hui, on ne connait pas encore de traitement qui réduit le risque d’évolution vers un covid-19 grave. 

Perspectives pour les patients en réanimation  

D’autres essais cliniques sont actuellement en cours d’évaluation et les plus prometteurs restent l’utilisation des anticorps monoclonaux tels que l’anti IL6 commercialisé le nom de tocilizumab (Roactemra) et sarilumab (Kevzara) et l’anti IL1béta commercialisé sous le nom d’anakinra (Kineret). 

Ces médicaments permettent de baisser considérablement le taux de cytokines qui sont responsables du phénomène inflammatoire qualifié d’orage cytokinique observé chez les patients en réanimation. 

Last Leaks – Au Sénégal par contre, le nombre de cas augmente. La stratégie sénégalaise consistant à tester de petits groupes de personnes, la trouvez-vous efficace ? 

La stratégie allemande est la meilleure des stratégies. Elle consiste à faire des dépistages en masse. Les tests rapides à grande échelle pourraient donner la véritable ampleur de l’épidémie. Ce qui pourrait ralentir la progression de l’épidémie en isolant les malades, de même que les patients paucisymptomatiques et les asymptomatiques. Le nombre de tests journaliers au Sénégal est très insuffisant. Il n’est pas normal que l’Institut Pasteur seul détienne l’exclusivité et le monopole pour effectuer ces tests. 

Last Leaks – Dernièrement on parle beaucoup de l’Artemisia comme une sorte de remède miracle. Quel est votre avis sur cela ? 

Dr Mbaye Diop – L’artemisinine est la substance active médicamenteuse isolée de la plante Artemia Annua. Ses vertus sont connues en chine depuis 2000 ans. Cette plante a des propriétés antipaludéennes. Beaucoup de spécialités à base d’artémisinine sont disponibles en pharmacie pour le traitement du paludisme à Plasmodium Falciparum. L’utilisation de cette plante n’a aucune garantie d’efficicité sur le covid-19. 

Faire le parallélisme avec chloroquine-covid pour revendiquer une certaine efficacité sur le covid-19 risque de créer un dangereux précédent. La médecine ce n’est pas une croyance mais une science. 

Pour qu’un médicament puisse être utilisé, il faut que des conditions puissent être réunies à savoir : l’efficacité, la qualité et la sécurité avec un rapport bénéfice/risque favorable. Si ces conditions ne sont pas réunies, il faut faire les essais cliniques mais avec des formes galéniques adaptées. 

Last Leaks – De manière globale, pensez-vous que le salut de l’Afrique puisse venir de sa pharmacopée traditionnelle ?  

Dr Mbaye Diop – Le défi majeur pour cette pharmacopée reste la dose efficace. Selon la partie de la plante, nous n’avons pas la même quantité de principe actif. Et cette quantité de principe actif varie aussi en fonction des conditions et de la région de culture. 

En infectiologie, le sous dosage en principe actif peut engendrer des phénomènes de résistance de l’agent infectieux comme par exemple l’utilisation de l’Artemisia dans le paludisme, nous risquons de galvauder notre dernière arme contre le Plasmodium. 

Et dans d’autres pathologies, le surdosage peut avoir plusieurs conséquences telles que les insuffisances rénales qui constituent aujourd’hui un problème de santé publique au Sénégal. 

  

 

 

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