Une affaire d’homosexualité sur fond de contamination volontaire au VIH/sida secoue le Sénégal ces derniers jours. C’est surtout parce que les noms de Pape Cheikh Diallo — célèbre présentateur à la télévision privée TFM — et de Djiby Dramé, un chanteur connu, sont cités que l’émotion s’est propagée à grande vitesse dans l’opinion publique et à travers les réseaux sociaux. Au-delà de l’onde de choc médiatique, il est nécessaire de revenir à des principes très simples.
Par La Rédaction

D’abord, les accusations graves liées à une éventuelle contamination volontaire au VIH relèvent du domaine pénal et sanitaire et doivent être traitées avec la plus grande rigueur par les autorités judiciaires. Seule la justice, au terme d’une enquête sérieuse et rigoureuse et sur la base d’un procès équitable, peut établir les responsabilités de chacun dans cette affaire. Rappelons toujours qu’une arrestation, aussi réelle soit-elle, ne constitue pas en soi une quelconque preuve de culpabilité.
Ensuite, il est également nécessaire de distinguer plusieurs niveaux dans le débat que suscite cette affaire. Malheureusement, la confusion s’est déjà installée dès lors que des considérations morales, des suppositions sur la vie privée ou l’orientation sexuelle occupent le devant de la scène médiatique. L’opinion publique se trouve ainsi face à un mélange dangereux entre faits allégués, jugements de valeur et rumeurs.
Cependant, au-delà de l’émotion et des jugements moraux, une question demeure : en dehors des considérations religieuses et culturelles sénégalaises, quels actes illégaux précis sont reprochés à Pape Cheikh Diallo et à Djiby Dramé ? Si d’autres ont reconnu avoir transmis le virus sciemment, eux, qu’ont-ils fait ? Être mentionné dans une enquête ou être interpellé signifie-t-il automatiquement que des infractions pénales avérées ont été commises ?
Sans défendre Pape Cheikh Diallo, Djiby Dramé, ni accuser qui que ce soit, il est également légitime de poser une question factuelle : dans quel cadre les faits reprochés auraient-ils été commis ? S’agissait-il d’activités strictement privées entre adultes consentants ? D’un contexte sanitaire spécifique ? Ou d’éléments encore flous que seule l’enquête judiciaire permettra d’éclairer ? Tant que ces réponses ne sont pas établies, le débat public repose davantage sur des perceptions que sur des faits. La société gagnerait peut-être à distinguer clairement ce qui relève du droit — c’est-à-dire des faits juridiquement répréhensibles — et ce qui relève des opinions morales ou des débats sociétaux.
Si l’orientation sexuelle d’un individu relève de la sphère privée, en quoi devient-elle une préoccupation nationale lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’actes établis constituant une infraction ? Ou alors, la célébrité transforme-t-elle la vie intime en une affaire publique ? Et la société ne risque-t-elle pas, en se concentrant sur la vie personnelle des individus, de perdre de vue les véritables enjeux juridiques et sanitaires qui devraient être au cœur de cette affaire et de l’enquête ?
Pourtant, la justice n’est pas chargée de juger les consciences ni les identités. Elle est chargée d’établir des faits, de qualifier des infractions et de sanctionner des actes précis. Confondre orientation sexuelle et culpabilité pénale revient à brouiller dangereusement les repères entre droit et morale.
Au fond, cette affaire dépasse largement les personnes de Pape Cheikh Diallo et consorts. Elle interroge la maturité collective de la société sénégalaise face aux scandales médiatiques : sommes-nous dirigés par l’émotion et la rumeur, ou sommes-nous une société attachée à la rigueur juridique et à la présomption d’innocence, surtout à l’heure où le slogan « Jub, Jubal, Jubanti » est mis en avant ? Que voulons-nous : juger des actes prouvés ou juger des identités supposées ?
