Affaire Thione Niang – Une auberge plus rentable qu’une bibliothèque ?

Au delà de l' »Affaire » #Thione_Niang Vs Policiers de Bargny… »Auberge » plus rentable que #Bibliothèque ?

Cette affaire, au demeurant regrettable, qui a été au centre des débats ces derniers jours, a posé en filigrane un débat qui nous interpelle tous.
D’abord en tant que nation puis, sur un plan particulier, en tant que professionnel de l’information documentaire.
C’est celui de la primauté entre Bibliothèque et auberge, d’un point de vue « rentabilité ». Et par voie de conséquence un questionnement sur le leg que nous voulons/devons laisser à nos enfants.

M. Souleymane Diallo

Quel message envoie t’on à nos enfants quand on leur fait croire qu’une place dédiée aux galipettes et autres jeux de gymnastique horizontale est beaucoup plus rentable qu’un endroit où on peut nourrir son âme et se cultiver davantage dans l’espoir de devenir un meilleur #citoyen, une meilleure #personne ?

Quel message envoie t’on à nos gouvernants quand on leur montre que la #population a un certain penchant pour les auberges au détriment des lieux de #culture ?

Pas étonnant que tous les pouvoirs qui se sont succédés dans notre pays depuis les #indépendances n’aient pas jugé nécessaire de mettre en place une Bibliothèque nationale ainsi qu’une structure digne de ce nom dédiée aux #Archives_nationales.
Et on feint de s’étonner que la population soit si peu avertie des enjeux de l’heure.

Et pourtant Mister Thione dit dans une de ses vidéos que « #Leaders are #readers » (Les meneurs/#dirigeants sont des #lecteurs.) et que c’est ce qui l’a incité à mettre en place une bibliothèque sur fonds propres.
Et c’est aussi ce qu’ont compris les nations développées à telle enseigne que les bibliothèques de toutes sortes foisonnement à tout bout de champ et sont bien fréquentées.

Mais là où le bât blesse, c’est que Thione à l’instar de nombre de nos décideurs a failli à un principe sacro-saint quand l’on veut réussir une activité : “put the right man at the right place”. Il ne peut s’en suivre qu’un échec.
Et il est certain que les préposés à la gestion de la bibliothèque mise en place à #Sendou n’étaient pas des hommes de l’art. Si c’était le cas, ils ne seraient pas tombés dans le jugement de beaucoup de nos compatriotes qui conçoivent la bibliothèque comme un #dépôt de livres où on vient de temps à autre “tuer le temps”. Une bibliothèque c’est cent fois plus que ça.

Ainsi un diplômé de l’#EBAD (École des #Bibliothécaires, #Archivistes et #Documentalistes) aurait sans doute réussi à susciter l’engouement au sein de la population autochtone, mais aussi maintenir un certain taux de fréquentation en y organisant un certain nombre d’activités qui entrent dans le fonctionnement normal de tout système d’information documentaire.

Par conséquent, au delà du prêt de livres, la bibliothèque de Sendou aurait offert à ses usagers, entre autres, de l’#animation autour du livre, des séances de #conte, du matériel d’écoute de #livres_audios, des #clubs de #lecture, des programmes d’#alphabétisation, des conferences, des spectacles…

Il saurait surtout qu’on est à l’ere de la bibliothèque, #troisième_lieu (notion forgée au début des années 1980 par Ray Oldenburg, professeur émérite de sociologie urbaine à l’université de Pensacola en Floride).
En complément du premier lieu (sphère du foyer) et du deuxième lieu (domaine du travail), la bibliothèque s’érige en volet complémentaire, dédié à la vie sociale de la communauté, et se rapporte à des espaces où les individus peuvent se rencontrer, se réunir et échanger de façon informelle.

Donc, si l’homme qu’il faut (un Bibliothécaire diplômé) avait été mis à la place qu’il faut (une bibliothèque), il aurait pû mobiliser la communauté, et au delà, les visiteurs à travers les activités de la structure de sorte qu’elle aurait pu atteindre ses objectifs.
De ce fait une auberge n’aurait jamais vu le jour à sa place au point de valoir des ennuis au propriétaire.

Mais tout cela nous renvoie à la faillite de notre système de gestion. Dans tous les secteurs d’activités, on trouve une importante masse de diplômés qui chôment parce que “leur place” est occupée par des personnes dépourvues de compétences qui attendent d’être recruté quelque part par le biais du “bras long’ avant de chercher à acquérir les diplômes requis pour occuper ces fonctions. Au détriment du travail pour lequel ils sont payés.
Et on semble s’étonner que 60 ans après les indépendances, on continue de reculer.

En guise de conclusion, nous partageons avec vous ce témoignage, qui démontre encore une fois l’importance des SID, de ”Horacio » (acteur comédien sénégalais rendu célèbre par le Kouthia show) : “J’ai quitté l’#école très tôt, mais c’est grâce à la fréquentation assidue de bibliothèques que j’ai pu acquérir une certaine #culture et atteindre un certain niveau d’#instruction. »

M. Souleymane Diallo
Conservateur des bibliothèques
Diplômé du Master de l’EBAD

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