Barça ou Barsak – « C’est dans le noyau familial que le jeu commence »

Et c’est là qu’interviennent les besoins d’appartenance et d’estime qui mettent l’accent sur le désir d’affection, la volonté d’être utile aux autres, de se sentir valorisé à travers sa contribution au dessein voulu par le groupe. Et ce serait se voiler la face que d’ignorer le fait que le facteur économique est souvent pris en compte pour illustrer son utilité dans cette société capitaliste.  

Par Maïa Faty

Dans la gestion étrangère du développement de l’Afrique, Lavoie disait : « Chacun de nous ressent le poids que le système économique de son pays exerce sur lui ainsi que la valeur de sa propre contribution à ce système ».  

Le regard de la société n’a jamais autant pesé que maintenant tout comme la solidarité ne s’est jamais autant écartée de ses lettres de noblesse. Les individus ont plus que jamais besoin de prouver aux autres qu’ils peuvent « devenir quelqu’un ». Le désir de ne pas être relégué au rang de bouche à nourrir ou de fardeau se multiplie en eux à l’image de tentacules. 

Si la pyramide de Maslow fait état de besoins inhérents à l’homme, force est de constater que le capitalisme a décuplé les choses, surtout lorsqu’on s’attache aux besoins d’appartenance et d’estime.   

C’est dans le noyau familial que le jeu commence. Avoir des parents en âge avancé sans possibilité de leur venir en aide est considéré comme un problème majeur. Le chômeur assis à la maison a l’impression de déranger par la présence de son corps et le vide de ses poches. Ce qui torture son esprit englué dans la recherche d’idées pour chasser ce malaise. 

Il se sent moins important que le bétail dans la maison et chaque seconde qui passe lui rappelle à quel point son existence est un échec. Il s’auto flagelle. Il voit ou croit déceler le mépris dans le regard de son entourage. 

Dans une même famille, il arrive de voir que la personne de la fratrie qui gagne mieux sa vie que les autres soit mieux traité. Ce qui crée un sentiment de rivalité. Cela est d’autant plus exacerbé que les deux belles-filles d’une famille peuvent ne pas avoir le même traitement en fonction de la lourdeur des poches de leur maris respectifs. L’argent est davantage le nerf de la vie en société.  

Ceux qui n’en gagnent pas ou en gagnent moins se sentent touchés dans leur dignité, questionnent leur utilité dans la société. 

Dès lors, pour les individus, tout est bon pour avoir l’aisance financière. Comment le leur reprocher lorsque nous savons que la vie devient de plus en plus chère ? Comment les pointer du doigt lorsque l’Etat n’offre pas de perspectives pour une meilleure insertion socio-professionnelle ? 

Mazzella (2014) disait : « Partir clandestinement au risque de perdre la vie peut être la réponse possible au mal être des jeunes d’une génération qui se sent abandonnée par son Etat. Le départ en ce cas s’inscrit dans un processus d’affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale qui peut se muer en déni ». 

Comment le leur reprocher lorsque certains émigrés, venant en vacances leur font miroiter les yeux en leur vendant une Europe érigée en eldorado ?’’ 

C’est ainsi que dans « L’émigration clandestine sénégalaise », l’auteur émettait : « le choix et la décision de partir des candidats à l’émigration clandestine sont aussi influencés par l’image que propagent les émigrés en vacances dans le pays. Les émigrés qui reviennent au pays sont perçus comme des modèles de réussite ». 

Pourtant l’Europe combat aussi ses propres démons  mais cela, tout émigré sénégalais qui en fait part à ceux qui nourrissent le désir de venir, peuvent être considérés comme des  gens mal intentionnés. 

La question  qui leur est alors posée, est : « Si l’Europe est si difficile, pourquoi ne rentrez-vous pas ? »  

• L’ETAT  

L’Etat qui devrait être la cheville ouvrière du peuple détient la plus grande responsabilité dans le fléau de l’émigration clandestine. Dans le Savant et le politique, Max Weber définissait l’Etat comme ayant «  le monopole de la violence physique légitime ». 

Mais nous pouvons soutenir dans le cadre du Sénégal, qu’il a également le monopole de la cécité accentuée lorsqu’il s’agit de regarder la souffrance du peuple. Les gouvernements se succèdent et obligent les électeurs à voir que la montagne accouche d’une souris. Comment, dès lors, s’étonner que des gens se sentent délaissés ?  

Dans « La problématique de la démocratie en Afrique noire,  Bayart disait de la politique africaine que « les détenteurs du pouvoir politique ont utilisé leurs positions dans l’appareil de l’Etat pour prendre le contrôle de secteurs importants de l’économie, en leur nom personnel ou par l’intermédiaire de leur réseau de parenté ou de clients ». 

Plus de vingt ans après, la situation n’a pas bougé. Mais chose bien déconcertante. Nous semblons nous trouver devant un peuple vacillant à l’aune du syndrome de Stockholm. Un peuple votant continuellement pour les mêmes bourreaux. Des bourreaux faisant la publicité du multipartisme comme gage de démocratie alors qu’ils sont à l’image d’un cerbère, animés par la même soif de faire vivre l’enfer à la population en se nommant gardiens de nos biens. Oups, propriétaires ! 

Ils n’ont rien d’hétéroclite. Ne vous laissez point distraire par des guerres picrocholines entre membres de l’élite politique. La plupart d’entre eux s’assoient autour du même banquet le soir pour se partager nos ressources. Ils se livrent à des jeux subtils jusqu’au jour où certains décident de montrer leur vrai visage, croulant sous le poids de leur masque. Cela ne vous rappelle-t-il pas un épisode récent ? 

Effectivement il serait injuste de mettre tout le monde dans le même sac mais ceux qui veillent aux intérêts du peuple se comptent sur les doigts de la main. Et ceux-là, le peuple a du mal à leur donner ses voix car trop pris dans l’engrenage de la relation nébuleuse qu’elle entretient avec le gouvernement. 

Dans tout cela, nous ne disons pas que le peuple est candide. Il a bien  eu des phases de réveil étant donné qu’à certains moments, la dureté de la vie a amené les gens à extérioriser leurs souffrances. 

Mais ce que l’on note actuellement, c’est qu’au lieu de se soulever pour exiger leurs droits, d’autres préfèrent lâcher la proie pour l’ombre en prenant les sentinelles de la mer. Lorsqu’on retrouve le profil de ceux qui tentent l’aventure vers la mer, nous voyons que les pêcheurs occupent une place majeure. 

Dans le rapport intitulé « une avalanche de financements pour des résultats mitigés, il est noté : « La période 2005-2012 est caractérisée par une crise du secteur de la pêche dans les régions côtières du Sénégal et par un afflux des migrations irrégulières se faisant à bord des pirogues, surnommées Barça wala barsakh (« Barça ou la mort » en wolof ), qui partaient directement des côtes sénégalaises en direction de l’Espagne par les iles Canaries  ». 

Et l’épisode affligeant qui se passe actuellement en 2020 montre de nouveau une crise de ce secteur. Nous avons un chef de l’Etat qui galope pour signer un accord, laissant sa population dans le désarroi. Ceux qui sont à la solde du gouvernement diront que cet accord est bénéfique vu que « les sénégalais ne consomment pas beaucoup le thon « ou que « nos pêcheurs n’ont pas les capacités d’atteindre certaines profondeurs ». Leur ligne de défense. 

Les choses sont mal libellées. La question qui devrait être posée est plutôt : pourquoi l’Etat ne  donne-t-il pas aux pêcheurs les outils nécessaires pour aller récupérer ces poissons qu’il préfère fournir à la France ? 

Pourquoi ne crée-ton pas des structures répondant aux réels besoins des pêcheurs ?  Ne nous parlez point de toutes ces cellules mises en place et qui brillent davantage par le fait qu’ils brassent du vent ! Et pour ne pas commettre d’injustice par rapport aux autres profils d’émigrés clandestins, nous nous demanderons pourquoi l’Etat ne donne pas à la population entière les moyens de son développement.  Le Sénégal essaie de mener une politique sévère contre l’émigration clandestine. Si l’Etat se donnait autant de peine pour motiver sa population, il n’aurait pas besoin de faire tout cela. 

Nous sommes dans un jeu d’asphyxie. 

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