L’achat de véhicules pour les députés de l’assemblée nationale du Sénégal et le débat qu’il suscite ont remué de vieux souvenirs, à propos de la faillite morale des élites africaines, devant l’irrésistible appel du matérialisme.
Par Aguibou Diallo

Celui pour lequel les négriers ont vendu leurs frères contre de la pacotille. Poussant la réflexion un peu plus encore, dans un questionnement idiosyncratique, à propos de l’incapacité pour chaque majorité, qui s’installe, de tenir la promesse de la rupture. M’est revenu à l’esprit Wagrin. Le héros du roman de Amadou Hampaté Bâ.
Sa détestation infondée envers son frère Romo, du nom de l’interprète du commandant de cercle, analphabète, qui baragouinait un français tirailleur, tenait du seul fait que lui, titulaire du certificat d’études primaires, goutait peu qu’un indigène puisse jouir d’un grand pouvoir, par sa proximité avec le commandant.
De là naîtra une rivalité idiote et mortifère qui les perdra et, très certainement, qui tient lieu d’explication de la folie des élites africaines à produire leur propre ruine, en lieu et place de structurer les solidarités organiques capables de les prémunir des effets résiduels d’une « impensée » colonialiste et qui ravive cette rivalité, à chaque génération. Dusse-t-elle se couvrir du manteau de la Démocratie.
L’étrange destin de wagrin n’est pas qu’un roman, c’est une oeuvre qui présente, dans toute sa nudité, l’âme scarifiée par le fait colonial, d’une élite qui peine encore à soigner ces incisions mentales.
Le Pastef ne dénonçait pas la gabegie de ses prédécesseurs par indignation au gâchis que cela pouvait constituer. Il le faisait, arguant d’arguments démagogiques, vernis de patriotisme frelaté, pour masquer sa misère morale, qu’il tenait de son indigence matérielle et sociale.
Comme Wagrin à l’égard de Romo, le privilège de jouir des avantages matériels obéit à un faciès typologique, qui condamne, par ce fait, tous leurs concurrents au délit de sale gueule.
Merci à El Malick, il m’a donné une envie subite de relire le texte de Wangrin. Pour ceux qui l’ont pas encore parcourru, je vous le prescris vivement. Ce roman est une anamnèse qui fournit bien des renseignements sur la folie de nos élites.
