« Il est parfaitement exact de dire, et toute l’expérience historique le confirme, que l’on aurait jamais pu atteindre le possible, si dans le monde on ne s’était pas toujours et sans cesse attaqué à l’impossible. Mais l’homme qui est de pareil effort doit être un chef, et non pas seulement un chef, mais encore un héros, dans le sens le plus simple du mot. Et même ceux ne sont ni l’un, ni l’autre sont obligés de s’armer de cette force d’âme qui leur permettra de surmonter le naufrage de tous leurs espoirs.  » Max Weber

Malcolm X avait cher payé de ce qui semblait être une apathie, un crime de lèse-majesté, pour n’avoir trouvé de meilleur commentaire, devant le crime ou le meurtre de Kennedy, bel homme, charismatique, ayant le monde a ses pieds, que : la poule est rentrée aux poulaillers.

Par Aguibou Diallo

Le président Macron giflé

Qui oserait s’aventurer à dire que la gifle faite à Macron, par-delà l’incivisme dont son auteur est coupable, en appelle à une lecture des signes, signaux et symboles, sans passer pour apôtre de la violence ou un prophète venu des ténèbres ?

En effet, le monde s’était endeuillé pour le meurtre perpétré contre Kennedy, mais trouvait banal que la CIA et les officines du régime colonial pro-occidental, dans le contexte de la guerre froide d’alors, aient commendité et exécuté Patrice Lumbuba. Jadis premier ministre du Congo Belge tout fraîchement indépendant.

Symbole qui, en sus de la distance qu’il établit aussi bien avec la gauche qu’avec la droite, n’est pas sans réinstaller la royauté au cœur de la République.

Aguibou Diallo

Ernst Kantorowicz, l’auteur des deux corps du Roi, historien émérite, trouverait ici de quoi enrichir son champ conceptuel échafaudé autour du triptyque : imaginaire, réel et symbolique. Dont les imbrications complexifient la compréhension de l’ordre politique établi.

De la grille d’analyse de l’historien, par-delà la gifle faite à Macron, qui le soir de son élection, rompant avec les usages habituels des soirs de victoire électorale, avait choisi la pyramide du Louvre, pour parler à la France et au monde. Symbole qui, en sus de la distance qu’il établit aussi bien avec la gauche qu’avec la droite, n’est pas sans réinstaller la royauté au cœur de la République.

L’on se rappelle de sa longue marche entre le parvis du musée et la grande cour où la tribune avait été installée, symbole s’il en est monarchique, tel un Roi qui répondrait de ses sujets. Macron qui disait s’engager à mettre le peuple français aux petits soins, de lustrer les institutions, si rudement abîmées la vieille pratique, et de gommer au surplus les inégalités sociales. Il concluait sa logorrhée par « je ne vous trahirai jamais ».

Or, s’il y a bien un espace, un champ ou un territoire où le discours, la posture et la gestuelle investissent totalement la triple dimension symbolique, imaginaire et réaliste, c’est bien ce ceux-là.

Pour un récipiendaire du suffrage électoral, n’a-t-il pas investi le pouvoir politique d’une rémanence royale ?

Aguibou Diallo

Roland Barthès dira que  » parler et, a plus forte raison discourir, ce n’est pas communiquer, c’est assujettir ». Sous ce rapport, ne peut on pas ou n’est-on pas en droit de questionner la gifle, ici symbolique, au peuple faite par Macron, depuis ce discours du Louvre ?

Pour un récipiendaire du suffrage électoral, n’a-t-il pas investi le pouvoir politique d’une rémanence royale ? Pour un peuple qui a décapité son Roi, et qui, en dépit de ses travers colonialistes et ses prétentions universalistes, n’a-t-il pas essuyé des claques, au terme d’une gouvernance à la lisière de l’autoritarisme ?

N’est ce pas là le double rendez-vous manqué entre un peuple assoiffé de liberté et d’égalité et un président reconverti en VRP d’une tyrannie d’un Marché ostracisant et liberticide ?

Partant de là comment s’étonner de cette résurgence des idées d’un courant politique, l’extrême droite, que l’on croyait cautérisées par les situres d’une organisation internationale comme l’ONU ?

Plus de soixante dix après sa création, sa mission de maintien de la paix et de veille pour le respect des droits humains inaliénables sont devenues sinon lettres mortes, du moins des pétitions de principes.

Pour incivique que soit classée cette gifle à la légalité représentative, elle subodore une crise de légitimité représentative…

Aguibou Diallo

Au point que le sociologue français Raymond Aron en dira, Essai sur les libertés, que  » l’égalitarisme doctrinaire s’efforce vainement de contraindre la nature, biologique et sociale, il ne parvient pas à l’égalité mais à la tyrannie « .

Qui aujourd’hui peut nier la tyrannie du Marché sur l’ordre politique et social dans le monde ?

Et parce qu’il y a connivence avec les Marché que les régimes politiques, des systèmes dit démocratiques, dressent les marqueurs antagoniques autour des questions raciales, religieuses, voire maintenant cosmogoniques.

Au demeurant, pour incivique que soit classée cette gifle à la légalité représentative, elle subodore une crise de légitimité représentative qui questionne le fonctionnement de la Démocratie représentative.

D’autant que la fracture sociale s’est épaissie à l’aune d’une crise sanitaire et économique, au sortir de laquelle les dividendes du grand Capital, portion congrue de l’humanité, se sont démultipliés par milliards, quant le rang des misérables s’allonge.

Pour parler comme Malcolm, Macron subit le retour de bâton de toute la violence physique et symbolique dont sa gouvernance est le nom de la France, au Tchad, en passant par le Mali.

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