Politique

Désertion du terrain par les politiques; l’opposition en hibernation !

POINT DE VUE

Le vent des rassemblements, des manifestations, protestations… qui souffle aux USA depuis l’assassinat de George Floyd, -ce noir américain tué par un policier au cours de son interpellation-, a fini par atteindre le Sénégal où dernièrement une partie du peuple était sorti dans la rue exiger la fin du couvre-feu qui fait partie des mesures prise par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre la pandémie Covid-19.  

Des manifestations qui ont fait réagir rapidement le pouvoir à travers des mesures d’assouplissement. Et, au-delà de ces faits, la désertion du terrain par l’opposition et les politiques en général est apparue plus que jamais flagrante. Le peuple a preuve dernièrement d’une capacité de mobilisation pour montrer à l’exécutif toute son indignation, -ce qui lui a été souvent reproché d’ailleurs, l’inertie et la passivité-, mais il manque de leader. L’opposition, à part deux ou trois leaders qui mènent le combat devant la justice médiatique, est en hibernation. Infectée par le covid-19 ou frilleuse de briser la cohésion nationale de façade?

Car, pas un seul leader  assez téméraire pour récupérer toute cette mobilisation, pas assez audacieux pour tenter de canaliser et transformer toute cette énergie, colère et ras-le-bol en une pression sur le gouvernement de Macky afin de faire bouger les lignes. 

Des acteurs de la politique, de mouvements citoyens et citoyens sénégalais donnent leurs points de vue.

Désertion du terrain par les politiques et opposition en hibernation; Macky trop longtemps en roue libre. Quels sont vos avis sur ce constat ?

Tamsir Bathily, membre du parti Pastef

« Un parti n’a de l’importance que si le peuple est à son écoute. »

 

“Un parti n’a de l’importance que si le peuple est à son écoute. Au Sénégal on a l’impression que la chose politique ou la gestion des affaires de la cité n’a aucune importance pour le peuple et n’a aucun impact sur leur quotidien, sur la pauvreté galopante, sur le système éducatif, sanitaire etc. Nous avons l’impression que le peuple ne se manifeste que pour glisser son bulletin de vote dans l’urne pour choisir son président. Est-ce réellement cela la démocratie ? 

J’ai l’impression que l’homme politique de l’opposition est en même temps l’avocat du peuple ou d’un peuple qui est incapable de saisir le message de dernier et qui en même temps l’accuse de ne point se battre se pour eux que ce dernier, l’homme politique ne se fait plus beaucoup entendre. Que veut le peuple ? Qu’est qu’une nation ? 

En réalité, le peuple pense que tout est normal. Le peuple s’intéresse bcp plus aux ragots, à qui fait le buzz pour en discuter et à un autre niveau les intellectuels essaieront de briller par leur pertinence…cependant à quoi ça sert ? Qui comprend cette classe politique qui parle en français pour répondre à d’autres aliénés comme eux ?” 

Baye Ibou Konté, déçu des partis politiques

« Pour conclure : opposition sénégalaise =Pouvoir »

 

« En effet, j’avais adhéré officiellement dans un parti de l’opposition en mai 2018, par conviction et par militantisme, aux valeurs d’éthique et patriotisme tant prônées par ce parti. En une année de militantisme, j’ai fait preuve de dynamisme et de loyauté envers le parti et envers le leader.  

Je dois aussi vous rappeler qu’avant d’intégrer ce jeune parti, je m’étais toujours engagé à lutter contre l’injustice que subissait mon peuple sous la présidence d’Abdou Diouf, étant très jeune j’étais déjà sur le terrain, idem sous le régime du président Abdoulaye Wade sans pour autant porter l’étiquette d’aucun parti politique.  

C’est dans cette perspective que j’ai toujours fais le choix d’être libre dans mes positions politiques et citoyennes, je n’ai jamais pu me résoudre à laisser dicter ma conduite ou mon opinion. J’ai été toujours libre et objectif dans mes pensées. Mais j’ai remarqué une absence de démocratie dans les partis d’opposition en interne. Il ne faut jamais contredire le chef, il faut le suivre en étant son disciple et non son collaborateur. Jusqu’à oublier même les 3 fonctions fondamentales d’un parti d’opposition qui sont : le contre-pouvoir, l’incarnation d’une alternance politique, le renouvellement du personnel politique. 

Lors des campagnes électorales, ils se débrouillent tous pour faire le tour du pays avec comme arme : Des promesses politiciennes. Après les élections, ils oublient ces sites de passage. Alors qu’ils pouvaient faire quelques choses de concrètes « financer des jeunes à entretenir des projets ». 

J’ai essayé un projet qui m’a toujours tenu à cœur, contrairement aux politiciens, je fais le tour du Sénégal en humanitaire et c’est possible ! 

L’opposition est différente du pouvoir quand l’exécutif ferme le robinet. Quand le pouvoir leur tend la main, leurs militants ne seront même pas informés des rencontres nocturnes. 

Pour conclure : opposition sénégalaise =Pouvoir =ouzin beurung baribo. » 

Pape Nouha Souané, journaliste

« L’heure n’est pas à la politique politicienne. »

A mon avis, il faut prendre en compte le contexte sanitaire dans lequel le pays se trouve. De ce point de vue, l’heure n’est pas à la politique politicienne. Et, à mon avis, tous les acteurs sociaux: politiques, culturels, économiques, par extension toute la population, a pris conscience de cette situation. Pour le moment, tous les acteurs doivent s’unir, faire abstraction des considérations claniques, dans le but de faire face au virus, l’ennemi commun du peuple. Maintenant, il faut tout de même constater qu’il y a des avis critiques que je trouve légitimes qui essayent de pousser les gouvernants vers la transparence dans le cadre de la gestion de cette pandémie. Parce qu’ils considèrent que l’Etat peinent à assurer ses engagements: assurer la distribution de l’aide alimentaire, accompagner les démunis…

Malheureusement, aujourd’hui, force est de constater qu’ils butent à bien dérouler le programme, avec un budget total de 1000 milliards. S’il est « en roue libre », comme vous dites, c’est, peut être, en partie, lié au contexte. Malgré tout, il y a une opinion critique qui tente tout de même de questionner la pertinence des choix de sa politique. Et c’est louable, à mes yeux.

Ah… Il faut recadrer les choses: l’indignation dont vous faites allusion a été portée par des jeunes. Ils ont manifesté pour dénoncer l’état d’urgence qu’ils jugent impertinent. Les manifestations étaient spontanées, ponctuées de violences à condamner: infrastructures sanitaires brûlées. Non! Je pense que des manifestations de cette nature, les acteurs n’ont pas besoin de leader. Et la preuve, ils n’ont pas fait état d’appartenance politique.

Les manifestants avaient un but précis: dénoncer l’état d’urgence. Vouloir ou tenter de « récupérer cette mobilisation », c’est, à mon avis, s’engager dans un combat politicien, cautionner la violence qui l’a émaillée.

Aujourdhui, l’urgence: c’est de lutter contre la pandémie, respecter les consignes…Eux-memes, les acteurs politiques, sont aussi impactés par la crise: pas de mobilisation. C’est dire qu’ils n’ont pas intérêt ce que la crise perdure dans ce pays, où tous les secteurs socio-économiques sont impactés. Tout est à terre. Et il y a aussi l’après crise: le pays à redresser.

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