Politique

Dire et se dédire au Sénégal: le « flou-versatile »au sommet de la pyramide politique.

Dire : est-ce croire à ce que l’on pense ? En d’autres termes, ce que l’on dit : est-ce, ce que l’on pense, ce que l’on croit et ce qu’on fait ?

Ousmane Jean Biaye

Au Sénégal, penser, dire et croire se trahissent tous les jours en politique, surtout chez ceux qui ont le pouvoir entre les mains. Rares sont ceux qui font ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils font, ce qu’ils croient. Certains même accomplissent leur métamorphose totale contre le peuple dès qu’une seule parcelle du pouvoir est entre leurs mains. Maintenant, il faut que chacun le sache, ceux qui assument la rupture entre « le dire, le faire et le croire » ne croient, en fait, dès le départ à rien. En tous cas, de tout ce qui fonde les valeurs de la République. Du moins, ils croient à leurs propres intérêts, à ceux du système qui les renferme et à leur asservissement aux lobbies et à la dictature du colon. C’est dans l’acte que tout se dévoile. Leur devise : «se servir et servir les intérêts occultes», en abandonnant le peuple à un sort où ils souhaitent l’ensevelir.

L’image du politique, chez nous, c’est celle du «versatile», c’est celui qui sait dire et se dédire, celui qui feint d’oublier le contrat de confiance qui le lie au peuple. Faire de la politique c’est savoir promettre ce qu’on ne fera jamais. Penser profondément comme Charles Pasqua que «les promesses des hommes politiques [….] n’engagent que ceux qui les reçoivent». Avec une telle moralité, le peuple est déçu parce que l’intérêt général est toujours foulé aux pieds.

Depuis les indépendances, perdure le défilé d’hommes à la tête du pouvoir qui pensent qu’ils sont les seuls aptes à gérer la cité. Ils étaient avec Senghor, puis avec Abdou Diouf, ensuite avec Abdoulaye Wade et aujourd’hui avec Macky. Convaincus de tout, prêts à parier avec le diable, si toutefois leurs propres intérêts sont sauvés par les pouvoirs qui se succèdent. Depuis belle-lurette, ils leurs discours et leurs parcours au gré des intérêts personnels, entretenant ainsi le «flou-versatile». Combien sont-ils, à transhumer ou à épouser des alliances contre-nature, lorsque leurs intérêts vacillent ? Sans rien croire, ils se muent et mutent contre la volonté de leurs militants.

Les caméléons aussi font la même chose pour ressembler à leur environnement immédiat. Ils ne sont d’aucune couleur, ils sont de la couleur du milieu dans lequel ils sont imbibés. Certains «politicars» aussi adaptent leurs intérêts aux nouveaux élus, prêts à se dédire. À défendre tout le contraire de ce qu’ils rejetaient. Ils sont toujours du côté du pouvoir. Quand ils s’opposent, c’est pour rouvrir une brèche qui conduit à participer à la gestion du pouvoir afin de sucer le peuple.

Le vrai problème du Sénégal, ce qui fait obstacle à la liberté et au bonheur, et cela le peuple le sait à présent, c’est la gestion des intérêts personnels de «politicars» qui font oublier les véritables enjeux au profit de l’anéantissement d’une pseudo-opposition d’hypocrites-politiques.

Combien de politiciens ne sont pas infectés par le virus de la transhumance ? Cette transhumance, en réponse à ses propres intérêts, nous affecte. Le manque de conviction pour beaucoup d’entre eux s’accompagne sans aucun doute, d’une absence de patriotisme. Il s’y ajoute que «le faux gangrène le peuple» : «de faux billets, de faux médecins, de faux policiers, de faux gendarmes, de faux douaniers» des faussaires, et des fossoyeurs, pour dire comme Mamadou Ibra Kane, vident le peuple de ses richesses.

Face à la gestion des problèmes du peuple, sur le moment, que de menaces brandies contre le peuple ! Mais ce qui nous rongent ce sont les scandales comme le note S.O.S, «c’est la gestion sombre et vicieuse». Envoyer les vivres, se relâcher et envoyer la « Covid-19», ou choisir de survivre, le peuple sait, quoi choisir ?

Ce qu’on ne saurait solutionner avec des mesures paradoxales, c’est la faim et la souffrance du martyr, que le peuple vit. L’honorariat, les décrets manqués contre la soif au Cap-Skiring, le flou de la dispute des perdiems, l’affaire Pétro-Tim, le fer de la Falémé, le COUD, le PRODAC, le Zircon à Niafran, le «TER-à-TERRE», les faux billets, entre autres exemples.

En somme, la légèreté dans la gestion des affaires de la cité, cela le peuple en souffre. Trop de vices commis aux dépens du peuple et le peuple ne saurait se taire. Il a soif de vérité, soif de dirigeants exemplaires guidés par la satisfaction de l’intérêt général. Dans toutes ces affaires, l’intérêt particulier veut être monnayé à l’intérêt général avec des dirigeants qui n’entendent guère la faim et la soif du peuple.

Le peuple comprend et sait pertinemment que la solution à tous ses problèmes se trouve dans le redressement du «flou-versatile», dans la défense des intérêts des lobbies longtemps entretenus contre la gestion de leurs propres affaires. Faut-il cesser de boire et faire cap sur la soif, la faim  et la pauvreté, malgré nos richesses ? Contre les privations de toutes sortes, le peuple s’éveille au désir de vivre. Toutes ces situations nourries dans le vice de la pensée n’empêcheront pas le peuple d’aller chercher la vérité contre le mensonge raison de leur faim, de leur soif, de leur pauvreté.

Aujourd’hui la Respublicà, en d’autres termes, la République est entre les mains des plus aptes à défendre leurs intérêts. Sinon, comment comprendre le fait d’être médiatisé et de défendre certaines inepties à la télévision au point de soutenir comme Mame Goor que Georges Weah est le Président de Haïti. S’il n’est pas dans un rêve, à coup sûr dans le rêve des parvenus, il n’est pas avec nous. Ce que les sénégalais cherchent, c’est un GOR, des Gorgoolous et non le péril de l’éthique.

Au Sénégal se pose, un vrai problème de repère intellectuel, appelant ceux qui savent à prendre leur responsabilité. Chez Kocc, maintenant, on n’a pas besoin d’avoir des connaissances de son domaine, il faut surtout oser et avoir la «grande gueule», telle que la gueule de la langue de bois, mentir et faire de fausses promesses, faire semblant d’avoir la tête bien faite alors qu’on a la tête pleine de contre-valeurs et d’inepties. Défendre que le soleil se lève sous nos pieds et espérer avoir de grands-enfants pour nous croire. C’est le théâtre auquel on assiste à «NDoumbélane». Savoir, à «NDoumbélane» pour utiliser l’expression du Doyen Alassane Kitane, c’est savoir vociférer comme le sait faire l’avocat du diable, aveuglé par ses intérêts avec des sauts périlleux par rapport à l’éthique. Chez Kocc, on veut nous habituer à croire que le soleil se lève à l’Ouest bien qu’il ne soit pas «exclut» pour souligner comme Assane Sylla «qu’il ne se lève pas demain». Si nous comprenons bien le sens de Kaidara du sage Hamadou Hampaté Bâ, allez chercher comme Hamadi le savoir contre l’avoir et le pouvoir, l’intérêt immédiat de Dambourou et d’Hamtoudou et prenez le temps d’être matures. D’ailleurs, Pape Bouya Mbaye note dans son article : Covid-19. Le début de la fin d’un règne : la république qui vacille : «Ces tâtonnements nous font penser, qu’à l’image d’un humain qui agonise : toussant, chuchotant, hésitant, titubant, nous sommes à la fin d’un règne d’imposture […] qui a élevé l’injustice et le mensonge au rang de valeur s’effondre».

Ce qui est sûr, et nous pouvons faire le pari, les gouvernants finiront par faire ce que la république demande. Le seul pouvoir qui vaille, et qu’il ne faut surtout pas perdre de vue, dans la gestion de la cité, est le pouvoir du peuple parce que celui-ci vient de lui. Oublier qu’on doit gérer au nom du peuple, c’est d’emblée faire fausse route. Depuis les indépendances et pire aujourd’hui, notre pays le Sénégal a suivi de fausses pistes, du fait de ses dirigeants.

Le Sénégal cherche ses hommes, les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Beaucoup aiment le pays, mais la peur de la dictature au ventre les empêche de lever le petit doigt. Il faut se décider ou mourir à petit feu et fermer définitivement la perspective du développement pour notre jeunesse et l’avenir de nos enfants. Alassane Kitane dans Macky notre Pétain national […]  fait remarquer qu’: «on s’est servi du malheur du peuple pour enrichir des proches» et plus loin il soutient que «c’est parce que nous intellectuels, avons démissionnés. Cloitrés dans nos espérances mesquines, chacun de nous trace un sentier minuscule et sinueux pour sa propre rédemption, et qui déshérite la nation». Quand le peuple s’éveille, quand «certains en ont MARRE », au moment où d’autres «FRAPPENT ET DÉGAGENT», lorsque des patriotes veulent mettre le pays à l’endroit, il y a toujours, des gens qui, dans leur cupidité, travaillent à l’envers. Dans les méandres du flou, de vrais patriotes cherchent à éclairer la lanterne des Sénégalais, au moment où d’autres travaillent au «flou-versatile». À titre d’exemples : quelle comparaison peut-on faire entre Diomaye Faye, El Malick Ndiaye, Guy Marius Sagna et « Ya-Kham», c’est-à-dire celui qui pense qu’il sait alors qu’il ne sait pas que le peuple est éveillé ? Entre Ousmane Sonko dans le discours et dans le parcours et tous ceux qui s’attaquent à lui. Il ne s’agit pas d’entrevoir, il s’agit de voir clairement que «toute la différence se trouve», comme dans la différence du «jour et de la nuit». Mbaye, en d’autres termes cultivez «sunu», et non «sa» jardin. Et Si quelqu’un pense se Maquiller, «Ya-Kham» ! Mais, sache que le peuple n’est pas couché.

La grande différence, et que tout le monde sait, «secret de Polichinelle», est que les autres sont empêtrés dans leurs intérêts personnels et sont le symbole de l’aveuglement, tandis que les patriotes sont eux, au service du peuple et de l’intérêt général. Les autres entretiennent le «flou-versatile» tandis que les patriotes travaillent à éclairer. On ne parle pas généralement la même langue quand on ne partage pas les mêmes valeurs, comme la vérité n’est pas le mensonge, ils sont diamétralement opposés.
Jusqu’à nos jours le Sénégal n’a jamais su utiliser pleinement ses ressources naturelles, ses compétences en ressources humaines avérées dans tous les domaines. Désormais, et très certainement pour toujours, le moment du choix de la conscience citoyenne est arrivé. En attendant, le temps qui nous sépare du temps de la véritable alternative et du changement réel, le peuple doit s’éveiller pour éviter d’être pillé. Il doit abréger sa souffrance face à l’incompétence et à l’aveuglement, par une attitude de veille. Convoyer ceux qui profitent de la démocratie par effraction, en faisant craquer le système d’exploitation et de parasitage. Mais quand le moment reviendra, celui du choix, résistons aux combines contre le maquis qui ruine notre peuple. Et relevons-nous, en choisissant les hommes par leurs discours et par le parcours, par le travail, par le sacrifice, par le dévouement et par leur patriotisme sans faille. Ainsi, le Sénégal a-t-il rencontré, l’homme de son temps ? Il y en a beaucoup qui ferment les yeux quand il faut les ouvrir, qui regrettent quand ils sont complices de leur propre malheur et qui quand il faut se décider, se laissent abuser. Selon le religieux Mbackiyou Faye, «c’est la peur de l’autre et la recherche des avantages qui font dire des contrevérités». Il confie, en effet : «j’ai rencontré Ousmane Sonko comme contribuable et lui comme inspecteur général des impôts. S’il faut dire la vérité et retenir quelque chose de lui : c’est un honnête homme». Aujourd’hui, le Sénégal doit basculer en faisant «imploser le flou-versatile» du système par une irruption de la clarté dans le mensonge et nourrir par le don de soi, la patrie. Au peuple éveillé, aux consciences prêtes, nous vaincrons. Pour le Sénégal : « Nous sommes prêts » !

Ousmane Jean BIAYE, Professeur de Philosophie au Lycée de CABROUSSE.

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