Discours à la nation: un chef de guerre en aluminium à l’épreuve du feu covid19

Napoléon III a eu une formule d’anthologie, à la suite de la déculottée qu’il avait subie de la bataille de Solférino, quand il n’eût qu’un visage émacié pour observer le désastre auquel son intrépidité avait conduit ses hommes.
Pris d’un émoi à faire pleurer les plus cyniques, il ne trouva pas mieux à dire : science sans conscience morale conduit aux forces du mal.

Par Aguibou Diallo 


Reletant ces faits d’armes peu glorieux de ce conquérant, aux ambitions pan européennes, fièrement réclamées, Henry Dunant, pour mieux donner à comprendre cette conscience retrouvée chez ce conquérant insatiable, raconte dans son livre Un souvenir de Solférino, un passage poignant, que l’on pourrait réactualiser, à l’aune du discours, pour le moins hors sujet de Macky Sall, dans ce contexte prétendument de guerre contre le Covid-19.
En l’espèce, nous dit Dunant que  » le sentiment qu’on éprouve de sa grande insuffisance dans des circonstances si extraordinaires et si solennelles, est une indicible souffrance ; il est excessivement pénible, en effet, de ne pouvoir toujours ni soulager ceux que l’on a devant les yeux, ni arriver à ceux qui vous réclament avec applications, de longues heures s’écoulant avant de parvenir là où l’on voudrait aller, arrêté par l’un, sollicité par l’autre, et entravé, à chaque pas, par la quantité d’infortunés qui se pressent au-devant de Vous et qui vous entourent; puis, pourquoi se diriger à droite, tandis qu’à gauche il y’a tant qui vont mourir sans un mot amical, sans une parole de consolation, sans seulement un verre d’eau pour étancher leur soif ardente ?
La pensée morale de l’importance de la vie d’un homme, le désir d’alléger un peu les tortures de tant de malheureux ou de relever leur courage abattu, l’activité forcée et incessante que l’on s’impose dans des moments pareils, donnent une énergie nouvelle et suprême qui crée comme une véritable soif de porter du secours au plus grand nombre possible; on ne s’affiche plus devant les mille tableaux de cette formidable et auguste tragédie, on passe avec indifférence devant les cadavres les plus hideusement défigurés ; on envisage presque froidement, quoique la plume se refuse absolument à les décrire, des scènes même plus horribles que celles retracées ici; mais soudain il arrive que le cœur se brise parfois tout d’un coup, et comme frappé soudain d’une amère et invincible tristesse, à la vue d’un simple incident, d’un fait isolé, d’un détail inattendu, qui va plus directement à l’âme, qui s’empare de nos sympathies et qui ébranle toutes les fibres les plus sensibles de notre âme  »
Tels furent les enseignements à rebrousse poils que le guerrier se fit de son obsession à forcer vers une voie dont l’issue lui fût fatale. Et pour sa gloriole tant chérie, et pour ses troupes tant galvanisées, menés qu’elles ont été par et dans une guerre à laquelle elles ne se preparèrent méticuleusement.
Le discours du jour, de notre commandant en chef, singeur ès qualité du macronisme de mauvais alois, a eût l’effet ne résonner à l’écho de cette débâcle napoléonienne.
Comment se fait que la guerre contre le Covid-19  se fait il l’économie d’une allocation de ressources dans la recherche médicale et l’installation hic et nunc de réceptifs hospitaliers, en prévision de la démultiplication des cas contaminés ?
Au lieu de nous servir un discours de comptable d’un épicier, visant encore à gaver ceux qui s’en sont de tout le temps mis plein les pifres, nous attendions de lui un plan d’attaque contre la pandémie, de la proactivité, au regard de l’obsolescence du modèle économique carnassier qui a mené l’humanité à sa ruine économique, sociale, morale et spirituelle.
Ne sait il pas qu’ une nouvelle ère est en train de prendre forme et que les ruptures épistémologiques aussi bien que les changements de paradigmes, bien plus que de la littérature, s’imposent comme options salutaires à tout peuple qui aspire à la résilience ?
Hélas, il le souligne, sans en saisir la profondeur, que c’est à l’épreuve du feu que le fer en sort encore plus brillant, mais lui, chef de guerre en aluminium, se fondrera et se liquéfiera au sortir de cette guerre contre le covid19. Et franchement, nous le prions de toutes nos forces.

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