Femmes en politique- Mme Ngoné Fall ; »nos problèmes doivent être pensés dans le cadre de la refondation et de la restauration de l’état de droit »

Elle dirige le département Analytics et Science de la donnée d’une société agroalimentaire du CAC 40  et se trouve du temps  à consacrer à la politique dans son pays d’origine. Mme Ngoné Fall,  tête pleine et bien faite, vice-présidente du Mojip France, dans l’interview qu’elle a accordée, démontre une nouvelle posture de la Femme sénégalaise en politique. 

Par Maïmouna Diop Dia

Parlez-nous de votre parcours.

Ngoné Fall- Je suis née et j’ai grandi à Dakar. Je dirai que je fais partie de ces générations sacrifiées de jeunes bacheliers sénégalais qui ont rejoint la métropole pour leurs études universitaires, et qui par la suite, ont fini par s’y installer. En termes de cursus, je suis titulaire d’un master en Ingénierie Mathématique. Mariée et mère de deux enfants, je dirige le département Analytics et Science de la donnée d’une société agroalimentaire du CAC 40″.

Qu’est-ce qui vous a motivé à militer pour un parti politique notamment PASTEF ?

Mon engagement est d’abord né d’une prise de conscience citoyenne. L’absence de vision et d’ambition du régime actuel devant le désarroi des populations confrontées au quotidien à des difficultés majeures et la multiplication des scandales ont suscité un dilemme à mon niveau. Faudrait-il accepter les choses telles qu’elles se présentent ou s’engager pour les faire changer ? N’étant pas fataliste par nature et étant une personne éprise de justice, le choix a été vite fait.

Mon engagement est également pour l’Afrique. Ce continent tant convoité qui regorge de richesses naturelles mais surtout humaines où quasiment tout est à construire. L’Afrique n’a été jusqu’ici que pourvoyeuse de ressources naturelles et de main d’œuvre corvéable à merci et bon marché. Il faut que l’Afrique se fasse par et avec les Africains. Ce changement de paradigme doit être l’œuvre d’un engagement fort et sans faille de tous les Africains.

Et pourquoi militer pour PASTEF » ?

J’ai découvert Ousmane Sonko par mon mari qui le suit depuis ses premières interventions publiques. J’ai trouvé que son discours tranche avec ce qu’on était habitué à entendre car empreint de sincérité. J’ai senti dans ses propos un homme désintéressé par sa propre personne et animé d’une flamme patriotique motrice de son engagement. Ceci m’a convaincu de rejoindre sa formation politique.

Vous êtes nouvellement élue en tant que coordinatrice adjointe du MOJIP France. Quels sont vos projets ?

Tout d’abord, je tiens à remercier vivement les femmes patriotes de MOJIP France de la confiance placée en ma personne pour m’élire, alors que la plupart d’entre elles me découvrait. Quand la présidente Anna Danfa et la secrétaire générale Maimouna Dème m’ont présentée le projet MOJIP France, j’ai toute de suite adhéré. J’ai été particulièrement motivée par les perspectives qu’offre un tel mouvement de femmes et l’apport positif qu’il pourrait générer au sein de PASTEF France. Je profite de l’occasion d’ailleurs pour leur adresser mes remerciements pour cette marque de confiance. Nous avons beaucoup de projets que nous comptons mettre en œuvre en France, mais également au Sénégal. Etant un mouvement jeune sur le territoire français, notre première priorité est de mettre en place une organisation solide et efficace, qui puisse permettre de déployer notre mouvement sur tout le territoire français. Nous favoriserons l’installation d’antennes locales au niveau des régions et créerons une véritable synergie entre ces dernières afin de mener de façon efficiente nos activités de massification. Nous nous inscrivons clairement dans une démarche inclusive. Nous comptons également travailler sur des thématiques socio-économiques avec le regard des femmes afin de contribuer aux développements stratégiques et idéologiques du parti. La formation ainsi que l’autonomisation des femmes sont des sujets qui nous tiennent à cœur et sur lesquels nous comptons mener des initiatives. Bref, notre objectif étant ni plus ni moins que l’activation de tous les leviers qui nous permettront d’abord d’aborder les prochaines élections municipales et législatives avec confiance et sérénité et de les remporter haut la main dans une perspective de l’échéance décisive de 2024.

Selon vous, qu’est ce qui pourrait être fait pour intéresser davantage les femmes sénégalaises à la politique.

Evitons à tout prix de tomber dans le piège de la victimisation des femmes qui certes, supportent de façon prégnante le poids de la pauvreté sous toutes ses formes : analphabétisme, chômage endémique, déscolarisation des jeunes filles en milieu rural pour les travaux champêtres, santé prénatale défectueuse ; la liste est longue. Elles subissent aussi le poids du système patriarcal dans toutes ses composantes. Ce qui fait que certaines ont souvent du mal à prendre leur destin en main et acceptent les solutions cosmétiques qui les maintiennent dans la dépendance. Nos problèmes et tant d’autres d’ailleurs, doivent être pensés dans le cadre de la refondation et de la restauration de l’état de droit. Un état juste et équilibré qui garantit à chaque citoyen et citoyenne l’exercice de ses droits et l’accomplissement de ses devoirs. C’est cela qui fonde la citoyenneté, l’égalité de tous et l’émergence d’une réelle démocratie, éloignée de la démocratie tropicalisée qui n’est autre que du népotisme, clanisme, corruption. Et c’est ce levier de citoyenneté qui à mon avis, émulerait les femmes à s’engager davantage en politique, à revendiquer et à arracher leur place dans la représentation nationale pour une émancipation réelle.

Votre vécu en France a t’il influencé votre vision de la politique sénégalaise ?
Si oui, comment ?

Oui forcément car j’ai vécu plus en France qu’au Sénégal. Le fait de côtoyer les deux cultures a forcément une influence sur ma façon d’analyser et de voir les choses.
Vivant dans la métropole depuis plus de 25 ans, j’ai développé d’autres repères de comparaison qui avec le temps, deviennent mes références naturelles. Quand je vois l’organisation des villes, l’administration, la justice, pour ne citer que ces points, je me dis que le chemin qui reste à parcourir est encore long pour le Sénégal. En revanche, j’ai pu mesurer les atouts de mon pays natal avec la distance tant au niveau des valeurs humaines, de notre richesse culturelle, de nos valeurs éducatives qui malheureusement sont entrain de partir en vrille à mon grand désespoir. Et un de mes combats politiques serait le rétablissement de nos valeurs culturelles, la fierté du peuple noir. L’Afrique ne pourra pas se construire si nos dirigeants restent des complexés de l’occident.

Quel regard portez-vous sur l’actualité politique sénégalaise?

Force est de constater malheureusement que le Sénégal traverse aujourd’hui une passe extrêmement compliquée. Les populations sont confrontées à des difficultés existentielles majeures. L’économie d’un pays est une chose trop sérieuse pour qu’on le réduise à des slogans du genre « Emergence » qui relève plutôt de la poésie conceptuelle. C’est banal de le dire mais les sénégalais vivent dans une économie de survie structurelle. L’état étant une coquille vide. Les régimes successifs, se sont contentés, de la gestion de la pauvreté. Les agrégats économiques sont manipulés, et reposent sur des données qui ne sont pas fiables. Le budget qui en grande de partie, est alimenté par la diaspora (1000 millions) le reste, sous forme de recette fiscale et d’aide au développement, est en deçà des exigences d’un développement durable. Ousmane Sonko l’a magistralement explicité dans son livre. Alors qu’une grande espérance étant née lors de la première alternance, force est de constater qu’en lieu et place, de ruptures radicales pour le mieux-être des populations, nous sombrons dans une dérive catastrophique. Jugez-en : le Sénégal fait partie des 25 pays les plus pauvres. Il traine un taux d’endettement hors norme. Le niveau et la constance de la corruption aux effets corrosifs sont tout simplement alarmants. L’école et la famille, qui doivent être le moteur de toute innovation sociale, sont en délitement. L’agriculture, levier essentiel vu le nombre de personnes qu’elle utilise, doit être repensée, du point de vue des méthodes culturales, le choix et la diversité des spécialisations et des semences, bref, pour sortir de l’orientation dans laquelle, elle est confinée sans rendement. La classe politique apparaît déconnectée et insensible par rapport à cette situation qui accable les sénégalais. Cette classe politique qui ne s’est peu ou pas manifestée à l’éclatement des scandales qui ne se comptent plus sous le régime de Macky : Pétrotim, Coud, 94 milliards …Cette classe politique qui nourrit la prolifération de la mal gouvernance à tous les étages. La seule opposition crédible et audible aujourd’hui est incarnée par Ousmane Sonko et sa coalition. C’est la seule véritable alternative qui propose des solutions de rupture et innovantes qui clash avec les pratiques d’un système qui a jusqu’ici prévalu au Sénégal.

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