On peut apprécier ou non El Hadji Ousseynou Diouf. On peut discuter de son ton, de sa liberté de parole, parfois brutale et cash. Son personnage est singulier. Pourquoi il a été surnommé Dioufy Fire d’ailleurs? Mais une chose ne devrait même pas faire débat : son droit à la parole.
La légitimité de Diouf à s’exprimer sur le football sénégalais est indiscutable. Double Ballon d’Or africain, ancien capitaine des Lions, acteur central de l’épopée de 2002, El Hadji Diouf n’est ni un chroniqueur d’émission TV, ni un commentateur de salon encore moins un polémiste de circonstance.

El Hadji Diouf est sans conteste, l’un de ceux qui ont porté le Sénégal au sommet à travers le football. Il parle parce qu’il a vécu le vestiaire, la pression populaire, les victoires fondatrices et aussi les désillusions amères et historiques. Sa parole n’est pas une posture : c’est une expérience.
Les propos qui lui valent aujourd’hui une sortie officielle de la Fédération sénégalaise de football n’ont rien d’inventé. Rien du tout ! Ils décrivent une réalité connue de tous ceux qui suivent sérieusement la tanière, souvent évoquée à demi-mot, jamais assumée publiquement. El Hadji Diouf n’a pas créé un récit : il a dit ce que beaucoup savent et n’osent évoquer.
Rappelons nous des propos récents de Sadio Mané sur Diouf. Sadio, leader actuel des Lions a rappelé publiquement le rôle important qu’El Hadji Diouf joue au sein du groupe des Lions : ses conseils, sa présence utile, son statut de grand frère…Et, quand Sadio Mané, la figure la plus respectée du football sénégalais actuel reconnaît l’utilité de Diouf, il devient difficile de réduire le double ballon d’or africain à un simple agitateur.
Maintenant, une question se pose : pourquoi une telle fébrilité institutionnelle ?
Pourquoi cette promptitude de la Fédération à publier un communiqué pour répondre à une prise de parole relevant du débat d’idées ou d’une fait divers, quand tant d’autres dossiers, bien plus urgents attendent d’être traités ?

Cette réactivité, ne tranche-elle avec l’attitude observée sur un sujet autrement plus grave : la défense du titre du Sénégal à cette dernière CAN. Aujourd’hui, le titre est contesté et fragilisé par des manœuvres qui mériteraient une mobilisation ferme et sans ambiguïté. C’est là où la fédération devrait se montrer offensive pour protéger l’honneur sportif national. Ça ne sert à rien de s’attarder sur des sorties médiatiques d’El Hadji Diouf.
Le football sénégalais mérite mieux que des communiqués d’humeur. Il mérite une fédération concentrée sur l’essentiel : la défense des intérêts du pays, la consolidation de ses acquis et la protection de son statut continental.
El Hadji Ousseynou Diouf, qu’on l’apprécie ou non, ne détourne pas le débat. Il le met sur la table.
Et c’est sans doute cela, au fond, qui dérange le plus.
À LastLeaks, nous faisons le choix de le dire clairement : faire taire les voix légitimes n’a jamais fait avancer le football.
