Gestion de la Covid-19 : Aveu d’incapacité et fuite en avant

Est-il besoin de comprendre ou d’expliquer à une personne douée de raison, que lorsqu’on grimpe une montagne, on dépense plus d’énergie, on accélère et lorsqu’on en descend, on ralentit, on décélère ? Non, parce que le bon sens est la chose la mieux partagée.

Tous les spécialistes et les autorités sanitaires avaient averti, depuis la semaine dernière, que les deux prochaines semaines seraient décisives, car le nombre de cas infectés augmenterait à un rythme exponentiel et nous mènerait au pic de la pandémie. Malheureusement, ces prévisions sont en train de devenir une réalité. Contre toute attente, le Président de la République fait un demi-tour magistral en pleine ascension. Il revient sur toutes mesures sanitaires importantes visant à limiter la propagation du virus en décrétant la réouverture des marchés 6 jours sur 7, la tenue des « loumas », l’accès des lieux de culte, l’allègement du couvre-feu, etc. Ce qui constitue une preuve irréfutable de son incapacité à mener la lutte contre la pandémie. Son leadership, s’il en avait un, serait gravement effiloché. En remettant tout et en faisant confiance « au génie créateur des sénégalais », il s’auto-exonère de ses responsabilités en les transférant, directement, au peuple. C’est une fuite en avant qui ressemble à une démission.
L’incapacité de Macky Sall à assurer un leadership mobilisateur adossé sur une vision claire se révèle à travers plusieurs faits concrets depuis le déclenchement de la crise de la covid-19. Ce défaut de leadership peut être appréhendé notamment par son :
• Incapacité à établir des priorités : au début de la crise, alors que les cas identifiés étaient importés, il a préféré prioriser les mesures sociales (achat et distribution de riz, huile, sucre, etc.) au lieu de multiplier et d’intensifier les mesures préventives d’ordre sanitaire ainsi que de travailler à la modification des comportements. Cela a conduit à installer une certaine confusion, car la préoccupation des uns (particulièrement l’élite politico-administrative et les affairistes de tout acabit) était de capter les ressources publiques en termes de marchés et de financements et celle des autres, la majorité, était de figurer parmi les bénéficiaires des aides annoncées.
• Incapacité à faire appliquer les mesures qu’il a lui-même prises : les défiances étaient nombreuses et nourries par les décisions contradictoires des autorités administratives. Par exemple, des mesures d’interdiction (d’ouverture des marchés, des lieux de culte, etc.) sont prises dans une zone abritant des foyers de contamination, tandis que les autorités administratives d’une autre zone ayant des foyers de contamination s’abstiennent de prendre toute décision d’interdiction. Cela a fini par installer un sentiment de discrimination face au risque et de favoriser des actes de défiance ;
• Incapacité à établir des règles équitables de soutien aux entreprises : les 200 milliards de francs CFA, en soutien aux entreprises, pour des « dettes fiscales constatées au 31 décembre 2019 », ne vont profiter qu’aux grosses entreprises (généralement à capitaux étrangers) au détriment des PME et entreprises informelles. Ce sera de même pour les autres 200 milliards de francs CFA du mécanisme de financement mis en place avec les établissements financiers « pour soutenir les entreprises affectées ». Ils vont beaucoup plus profiter aux grandes entreprises, qui ont des comptabilités tenues et à jour, au contraire de la plupart des PME ou entreprises informelles. En outre, même si les procédures seront allégées, ces dernières risquent de ne pouvoir présenter suffisamment de garanties pour accéder à ces fonds ;
• Incapacité à tenir sa parole : il avait promis, lors de son discours à la Nation, le 3 avril 2020, la mise en place d’un « Comité de pilotage » du Fonds de Riposte contre les Effets du COVID-19. Au final, on se retrouve avec un « Comité de suivi ». Au plan du management, « piloter » diffère de « faire un suivi » et leurs implications ne sont pas les mêmes notamment en termes de compétences (attributions) et de pratiques. Le glissement sémantique opéré est calculé, car découlant d’une volonté de mainmise sur la conduite des opérations et de cachotterie. Le Comité faisant au rapport au Président de la République, on peut facilement deviner que les rapports à transmettre « seront mis sous le coude » comme ceux des corps de contrôle qui incriminaient les dignitaires du régime.
En décidant de se fier « au génie créateur » des sénégalais et en invitant « chacun à jouer pleinement son rôle », le Président Macky dépasse les limites d’une responsabilisation du peuple. Il lui laisse l’entière responsabilité de son sort. Ce n’est pas une auto-responsabilisation, mais une démission. Les résistances constatées ainsi que l’hostilité manifestée à l’égard de certaines mesures ont fini par émousser son ardeur. Son indécision et son incapacité à prendre des décisions dans le feu de l’action y sont, également, pour quelque chose.

Cellule des Cadres de la République des valeurs

Post scriptum : Nous dénonçons le manque total de transparence du Gouvernement dans la conduite des opérations liées à la gestion de la Covid-19. Il fait une rétention volontaire et systématique de toutes les informations détaillées et chiffrées en dehors des effets d’annonce à travers la presse. Il refuse de rendre disponibles les documents aussi élémentaires que ceux qui décrivent la stratégie économique du gouvernement, qui indiquent le niveau d’alimentation du Fonds mis en place, qui rendent compte des décisions des différents comités et organes mis en place, etc. Pour le moment, seul le Ministère de la Santé joue le jeu de la transparence en rendant disponible, quotidiennement, l’état de la situation. C’est la même politique de chape de plomb que le Gouvernement applique sur les rapports annuels des institutions de contrôle. Cette cachotterie est anormale, antidémocratique et, surtout viole un droit constitutionnel, le droit à l’information. Même le décret n° 2020-965 du 17 avril 2020 portant création et fixant les règles d’organisation et de fonctionnement du Comité de suivi de la mise en œuvre des opérations du « FORCE COVID 19 » est introuvable. Pour rappel, le Gouvernement s’était seulement contenté de publier un communiqué de presse rappelant la mission et la composition du Comité.

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