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Hélène Carrère D’Encausse secrétaire perpétuelle de l’Académie Française était sur BfmTv pour parler de la guerre entre l’Ukraine et la Russie.

Roxanna Seshat

Hélène Carrère D’Encausse

« Poutine a heurté le communauté internationale » dira-elle avant de poursuivre que « cette guerre témoigne d’un amateurisme absolument extraordinaire. Enfin, on voit très bien que ça a été mal préparé. Ça laisse rêveur mais bon… Manifestement, il y a un problème de qualité du pouvoir en ce moment en Russie ou en dehors ».
Du reste, les occidentaux notamment les services de renseignement expliquent que Poutine est isolé qu’il n’a pas les bonnes informations et qu’en fait, plus personne n’ose lui dire la vérité au Kremlin. Hélène Carrère D’Encausse est d’avis cela est « tout à fait plausible. Et, je dirais que la scène qu’on a vu sur votre écran notamment de Poutine faisant la morale à son chef des renseignements, on l’a interprétée comme l’humiliation qu’il lui a infligé. Mais je dirais que j’ai été frappée par autre chose; on sentait que Poutine était à la fois en colère et désemparé, parce que manifestement, il n’attendait pas ce genre de chose. Clairement, ce n’était pas seulement la volonté du milieu, il y avait une espèce de colère froide et un sentiment d’incertitude chez lui qui n’est pas habituel et qui montre bien qu’il il était en train de découvrir que les gens n’étaient pas comme il le pensait des fidèles sur qui il pouvait compter. Et, avoir fait ça avec Sergueï Narychkine c’était en plus tout à fait extraordinaire parce que c’est tout de même un homme dont le nom est lié à l’heure à Pierre Legrand. Par conséquent Poutine est prudent sur ce sujet-là c’est son Dieu ».
Quant à la réponse des occidentaux par rapport à l’attitude du Kremlin, Hélène Carrère D’Encausse a répondu par l’affirmative « Oui je dirais que oui les occidentaux font ce qu’ils peuvent ou alors il ( Ndlr Vladimir Poutine) appuie sur le bouton nucléaire. Par conséquent ils n’ont pas tellement le choix. Je crois qu’ils agissent comme ils peuvent ».
Elle n’a manqué de saluer la posture du président français Emmanuel Macron, qu’elle juge modéré ; « Parfois je dirais de la réponse ou la retenue d’un Emmanuel Macron me paraît plus appropriée que certains excès de langage » faisant allusion aux déclarations du président des États-Unis, Joe Biden. « Je pense que pour la suite des événements, il vaut mieux toujours penser qu’à un moment donné, il faudra négocier. Il me semble que la position française est tout à fait bien adaptée.
A propos des déclarations du président américain, Hélène Carrère D’Encausse rajoutera ; « bon c’est son affaire mais il me semble qu’il faut penser que de toute façon, il y aura l’heure des négociations. Un conflit s’arrête par là. Et par conséquent, il vaut mieux penser, il vaut mieux éviter des choses détestable ».
Une analyse de la situation Ukraine/Russie qui amène l’académicienne à une analyse sur l’avenir de l’Europe : « je l’ai dit et je voudrais souligner une chose ; ce que Poutine a provoqué, c’est une mobilisation européenne. Nous en sommes très satisfaits tous. On se dit que c’est très bien. En même temps, je voudrais dire que nous assistons tout de même, à quelque chose de tragique, c’est-à-dire que nous voyons la suite. C’est un basculement véritablement, des plaques tectoniques qui bougent. Ça bascule vers l’Asie et la Russie qui est une partie de l’Europe. Va-elle être repoussée là-bas ? Et, ça sera un problème pour l’avenir parce que cette Europe réunit, elle est petite. Et ça je pense que c’est peu. C’est un mouvement qui vient de loin. Ce quoi nous assistons, c’est la suite de Bandung, la conférence de Bandung. On a vu tout de même la volonté de non-alignement des peuples qui en ce moment se refusent à condamner la Russie ; c’est-à-dire tous les pays émergents. Je dirais même, la suite de ce qui s’est passé en 1904, la défaite de la Russie devant le Japon. C’est-à-dire que c’était déjà le sentiment que au fond l’Europe était vulnérable. Il me semble que c’est un très long mouvement historique auquel nous assistons. Ça ne me fait pas plaisir, je suis européenne et je dois dire que l’idée que nous allons nous trouver en marge de l’histoire me paraît tragique. Donc, je crois qu’il faut voir qu’on a intérêt à ce que ça s’arrête le plus vite possible pour préserver notre Europe ».

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