LEAKS POLITIQUES

La fête du travail à l'épreuve de la distanciation sociale

Il y’a moins de deux décades l’économiste américain Jeremy Rifkin publait un ouvrage, qui sera best-seller plus tard, intitulé : La fin du travail. Un livre qui présente essentiellement un constat: l’entrée dans une nouvelle phase de l’histoire caractérisée par le déclin inexorable de l’emploi. « Le monde, nous dit-il, est en train de se polariser dangereusement : d’un côté, une élite de gestionnaires, de chercheurs et de manipulateurs d’information surqualifiés; de l’autre, une majorité de travailleurs précaires. Selon, lui, l’urgence consiste à nous préparer à une économie qui supprime l’emploi de masse dans la production et la distribution et d’agir dans deux directions : la réduction du temps de travail et le développement du troisième secteur « 

A propos du « troisième secteur « , Michel Rocard dira, dans la préface qu’il consacre au livre qu' »Il n’y a d’alternative à une société de pauvreté généralisée et de violence sociale omniprésente que dans l’extension massive des activités non marchandes, qu’ elles soient productives ou pas…il insiste tout à la fois sur le nécessaire maintien du lien social à travers des valeurs qui ne soient pas seulement marchandes, sur la mise en place très nécessaire, elle aussi, des revenus de substitution pour les personnes sans emploi productif, et sur les efforts financiers que les États et les contribuables devront consentir dans ce sens ».

Toutefois, la gestion de la crise du covid19, à l’échelle du globe, avec tous les impairs notés, ça et là, aussi bien dans la manipulation des informations que les mesures prises pour l’endiguement de la propagation du virus, force est de constater que le rêve tant chéri par Rifkin, de resouder les liens sociaux se fracasse contre le mûr d’un lexique de disruption.

Les capitalistes auront réussi la prouesse, par le truchement du covid-19, à tester sous éprouvette le télé-travail, préfigurant le salariat de demain, grâce auquel ils pourront s’octroyer des marges dans leur économie d’échelle, creuser, pour l’heure à titre symbolique, les distances physiques et à terme sociales.

Le chacun pour soi et le soi contre tous vous saluent chers camarades, en ce 1er Mai qui fête le travail en mode confinée. Gestes barrières et distanciation sociale. Soit ! Il s’agit là certes de prescriptions sanitaires, mais à la résonance psycho-sociale rompante.

 

Aguibou Diallo

Autrement dit, et Dieu sait qu’en l’état les scientifiques de tous poils sont dans un tâtonnement, quant à l’inverse les politiques s’ingénient dans les élucubrations spéculatives, l’idée consiste, au prétexte d’une pseudo pandémie, à réifier les égoïsmes grégaires au dépend de notre double identité, telle que définit par Hannah Arendt : animal laborans et homo faber. Dixit Les conditions de l’homme moderne.

Dire cela, cependant, n’est point synonyme de déni quant à la prévalence du covid-19 et de sa létalité, mais il ne saurait servir de strapontin au grand Capital pour mieux nous assujettir, en continuant à creuser les distances tant sociales qu’humaines.

Pour tout dire, le spectacle affligeant que nous offrons en ce moment est rédhibitoire de la fin tout proche et du travail, et du social. Il est à certains égards prémonitoire d’un société nucléarisée, atomisée et coupée de ses chaînes de solidarité.

 

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