« L’écrivain ne doit promettre des lendemains qui chantent, mais en nous peignant le monde tel qu’il est, susciter une volonté de le changer » Simone de Beauvoir. La droitisation du débat ambiant, ici comme ailleurs, n’est plus un mystère. Tout comme son corollaire : l’effondrement de la gauche et sa défaite idéologique.

Par Aguibou Diallo

Le capitalisme des crises n’aura fait qu’une bouchée de pain de toute la mosaïque d’idées de gauche et réduit en peaux de chagrin la perspective du genre humain de type nouveau auquel ces idées ont toujours été associées.

On eût dit que les réactionnaires de tous les pays, sentant leur force montante dans les effluves de l’air du temps, dont la teneur toxique et létale échappe aux filtres raisonnés des hommes, tel la Covid-19 agit sur l’olfactif chez les patients contaminés, se sont donnés le mot. Retour d’un ordre ancien ?

Question légitime au regard des vindictes réactionnaires et des illusions libérales perceptibles dans le tumulte des événements et de la succession des actualités.

Le capitalisme des crises n’aura fait qu’une bouchée de pain de toute la mosaïque d’idées de gauche et réduit en peaux de chagrin la perspective du genre humain.

Des procureurs médiatiques et la horde de moralisateurs se relaient au prétoire pour rudoyer pêle-mêle artistes, écrivains et décideurs politiques.

Et dans ce méli-mélo d’un tintamarre titanesque, ils en éludent les enjeux, les défis et, chose encore plus importante, les drames accolés à leurs sentences.

Devant cette atmosphère chargée de reflux de haine des autres et par conséquent de soi, l’humanité ne résiste point à s’ouvrir à l’indifférence du monde.

Qu’un Mohamed Mbougar Sarr soit primé pour ses talents extraordinaires d’écrivain dans une France en pleine tourmente, tentée par le replis identitaire fredonné par un Zemmour, devenu
l’oratio pro aris et focis d’une pré campagne électorale pour le moins nauséeuse et sur laquelle s’aligne la superstructure médiatique et politique, ne devrait guère servir de prétexte pour les chrysanthèmes.

En l’espèce les fièvres tropicales qui font monter le thermomètre d’un conservatisme sujet à une vindicte réactionnaire, par suspicion d’un prosélytisme Lgbtqiste, d’un côté, font écho, en même temps, d’une assimilation impotente des gouailles negro-arabo-berbères qui sédimentent le grand remplacement, tant craint de l’autre côté de l’hexagone.

Qu’un Mohamed Mbougar Sarr soit primé pour ses talents extraordinaires d’écrivain dans une France en pleine tourmente, ne devrait guère servir de prétexte pour les chrysanthèmes.

Autrement dit, par delà Mbougar et Zemmour, se dressent les marqueurs de tensions qui irriguent la droite dominante écartelée entre la mélancolie d’un passé colonialiste, à l’universalisme étriqué et la tentation de la créolité en fermentation à la faveur des illusions libérales d’un mondialisme débridé.

Comment pourrait-on déconnecter le prix littéraire du contexte socio-politique actuel de la France.? Peut-on un seul instant imaginer qu’il n’y a pas une connivence entre Bolloré et Zemmour ? Que l’ascension de celui-ci ne procède pas d’un dessein visant à assouvir les facéties d’un richissime magnat de la xénophobie ?

Quand, à contrario, Lagardère certes marchand d’armes, s’illustre on ne peut plus dans la philanthropie qui voudrait rendre un peu plus humain le visage du capitalisme, avec sa fondation, pour le coup, bienfaitrice du récipiendaire du Goncourt (ce dont il témoigne sa gratitude d’entrée dans son opus) manifeste une ouverture envers le multiculturalisme.

In fine, ces deux sangs impurs abreuvant les sillons du grand capital au moyen de leur talent, de leur fascination pour une « certaine » idée de l’assimilation indifféremment de leur centre d’intérêt pour la culture française, renseignent à eux-seuls sinon de la fracture culturelle au sein de la droite, mettant en prise les partisans de la vindicte réactionnaire et les prophètes des illusions libérales, du moins le rétrécissement du champ discursif et intellectuel à droite toute.

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