Macky Sall ou la République à terre

Ku wax feeň disent les wolofs.

Macky Sall a parlé le 11 mai et s’est révélé à la postérité comme le Chef de guerre qui, selon titre du Témoin du 12 mai 2020 : « (Le général Macky) capitule en rase campagne… ».

Par Thierno Alassane Sall

On pourrait ajouter sous un feu plus déterminé de l’ennemi car cette reddition survient alors que les cas de Corona virus montent en flèche.
Le 23 mars, il y a moins de deux mois, le Président Macky Sall, sur la foi d’une science certaine, à savoir que le propre d’une maladie respiratoire contagieuse est de se propager dans les rassemblements comme le feu dans la brousse, a décrété une série de mesures. Certaines de ces mesures étaient excessives et rendaient le quotidien plus insupportable à de millions de gorgorlous. Des secteurs économiques ont été mis sous la cloche ou presque, comme les marchés, les hôtels, les transporteurs, les écoles, les loumas… En outre, surtout relativement au volet sanitaire, un vrai plan de bataille faisait défaut, Macky Sall comptant à l’évidence sur l’endiguement du virus par les gestes barrières que sur une prise en charge adéquate des malades. A ce jour, le nombre de tests dans les zones vulnérables est notoirement faible proportionnellement à la taille de la population.
En dépit des sacrifices incommensurables que lui demandait le Président, le Peuple obtempéra de bonne grâce dans son écrasante majorité. Face à un fléau sans remède ni vaccin, la distanciation physique est la première des barrières. Malgré les nombreuses controverses entre scientifiques sur les stratégies de lutte contre l’épidémie (modèle chinois versus modèles suédois ou allemand), un consensus universel prévaut : la distanciation physique entre les personnes. Macky Sall vient de décréter que nous n’avions plus besoin d’observer cette règle d’or universelle car il s’avère incapable d’en faire assurer l’application sur l’ensemble du Territoire !

Terrible aveu : ce n’est pas la sécurité des citoyens, dont il est constitutionnellement le garant ultime et unique en République, qui dicte une telle capitulation. Non, c’est un cas de force mineure, de faiblesse de l’autorité suprême, une situation sans précédent où la République abdique, abandonnant les citoyens au Corona virus. Lorsque le Président de la République est dans l’incapacité flagrante de gérer les affaires de la cité dans le sens de l’intérêt bien compris de tous, mais sacrifie la sécurité de chaque citoyen par peur de se confronter aux lourdes et sacrées exigences de sa charge, alors la République même est à terre.
Toute la mystique autour de l’Etat, de la primauté de la Loi, de la Constitution, de la clé de voûtes de nos institutions, de l’Homme fort du pays, s’évapore. Ce que révèle les revirements de Macky Sall en sens opposé de la rationalité scientifique, c’est que le Sénégal, dans les faits, n’est pas dirigé par un Président de la République élu siégeant à Dakar mais par un Directoire diffus à travers le Pays. Sans compter les Raspoutine du Palais.

Macky Sall vient d’ouvrir par ses atermoiements successifs et son ponce-pilatisme assumé (« Votre affaire de Corona virus, je m’en lave les mains » ainsi aurait parlé Pilate) un précédent dangereux. Dans la conduite des affaires de la République, surtout en temps « de guerre contre le Corona » pour reprendre son expression, lorsque ni la raison ni le sens de la sécurité générale des citoyens ne prévalent, alors où allons-nous ?
En attendant chers compatriotes, prenez soin de vous, et des vôtres. Dans la mesure du possible, restez chez-vous ! Car, sur ce point, les avis des médecins n’ont pas changé !

Thierno Alassane Sall président

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