Macron à l’épreuve du foccartisme

Le petit jupiter qui se vantait de rompre d’avec les habitus de la classe politique traditionnelle a vite fait d’être rattrapé par la realpolitik. Doit on en être étonné ?

Par Aguibou Diallo

Oh que non, si l’on sait qu’en science politique que le répertoire des faux prophètes et des marchands d’illusions, rompus à la rhétorique sophiste et sophistiquée grouille en effet de beau monde. De Néron à Joseph Gobboels, en passant par Ponce Pilate et Staline, nombreux furent les tenanciers de scories, aux discours doctes mais dont la répugnance de leurs oeuvres n’eurent d’égales que les stigmates inamovibles et traumatisant livrés à la postérité.

Et pourtant, monsieur Jupiter nous jurait la main sur le coeur que plus rien ne serait comme avant. Qu’il lui suffirait de communier avec la peuplade, garder cette itération communicative avec elle pour bien la guider vers son salut. Que sa pureté immaculée qu’il tient non pas de son accointance avec les partis politiques, loin s’en faut, mais justement du fait de son extraction sociale, primo débutant et purifié de tout passif et/ou actif de militant de parti, se fût un gage pour la révolution.

Le mythe prométhéen, avec lui, se fît peau neuve, d’une cuirasse reluisante à en émerveiller tous les simplets. Disons l’écrasante majorité des français.

Le voilà une fois élu, plus Maastrichtien que Jacque Delors, Francois Mitterand et Edmund Köhl réunis, les précurseurs de l’Europe liberale. Et les pauvres français s’abreuvent du calice de son conformisme au statut quo oblitéré au tout libéral et destructeur dont les germes ont été plantés par ledit traité de Maastricht.

Sur le volet africain, là encore, Jupiter en bon monarchiste refoulé ou inconscient trouve grâce à tous ses fantasmes de conquistador. Il dresse la feuille de route et les présidents africains s’exécutent au doigt et à l’oeil.

L’annonce précipitée de l’Eco en est un appendice assez éloquent, pour ne pas le souligner. Le renforcement des différents plans d’intervention militaires aussi bien au Mali qu’en Centrafrique, l’élargissement du G5 sahel à la contribution de l’union européenne, notamment celle de l’Allemagne, suffisent à démontrer que Jupiter est fédayin colonialiste au service du grand Capital. Et pour prosperer dans ce plan, il n’y a pas meilleur gage que de disposer de présidents godillots. Qui s’exécutent aux doigts et à l’oeil.

Pour s’en convaincre le sieur Ouattara serait un bon cas d’école. Macron leur (ndlr les présidents africains) a tous dit à haute et intelligible voix que sous son règne, qu’ il serait attentif aux questions démocratiques, notamment sur le respect du nombre de mandat et l’organisation d’élections dans les conditions de transparence acceptable.

Toutefois là où la manoeuvre devient roublarde et inquisitrice, c’est sur la question des 3 ème mandat. En vérité, Macky et Ouattara ont été bien pris à parti par Jupiter. L’ordre de ne pas briguer de troisième mandat leur fût formellement consigné. A charge à eux maintenant de trouver les stratagèmes, de politique interne, qui leur assure la pérennité de leur système en dépit et malgré les changements de régime.

C’est ainsi que le faux suspens s’est maintenu aussi bien à Abidjan qu’à Dakar, pour disposer du temps pour la manoeuvre en vue de trouver le bon dauphin.
Si pour Ouattara la manoeuvre s’est révélée facile, puisque de tous les prétendants Soro était la plus grosse anguille qui pouvait faire barrage au premier ministre Coulibaly, successeur et dauphin désigné de Ouattara, avec l’instrumentation de la justice et l’appui de la France sa neutralisation passa comme lettre à la poste, pour Macky les choses se présentent sous un jour plus compliqué.

En effet, il avait fait dire par son violeur de journaliste qu’ il ne briguera pas de troisième mandat et qu’il est à la recherche d’un dauphin. Mais pour brouiller les pistes, ce plumitifs repris de justice nous avançait trois noms invraisemblables et improbables. Qui peut croire un seul instant que Cheikh Oumar Hann, Abdoulaye Daouda Diallo et Mansour Faye disposent d’une étoffe présidentiable qui trouverait grâce aux yeux de Macky?

Tout observateur averti sait que le triumvirat qui s’entretue est composé de Mimi Touré, Aly Ngouille Ndiaye et Amadou Bâ et le petit doigt de Macky va pour une préférence pour le sieur Ndiaye.Compte non tenu de l’équation Wade, avec qui un protocole fût convenu à Conakry, et Idrissa Seck que les français ont dû amadouer pour qu’il se garde de contester les résultats frauduleux des élections présidentielles passées.

Et c’est dire combien le faux suspens de Macky semble moins perspicace et se révèle moins ébouriffant que ne l’a été celui de Ouattara.

Dans tous les cas, Jupiter demeure maître du jeu de distributeur de bon et mauvais points, en droite ligne de la volonté de De Gaulle qui dit à Foccart, lorsqu’il l’installa dans la cellule africaine de l’Elysée, qu’il lui était loisible de décider quand ça lui chante, de prendre la direction qu’il jugeait conforme aux intérêts de la France. Et qu’il lui faisait dispense de le prevenir,mais pour le Sénégal et la Côte d’Ivoire, il ne voudrait point y attendre de coup d’État.
Notre stabilité et notre « paix » tant chantées sont à ce prix peu cher payé.

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