Macron Merlin -Le Covid et la dette coloniale

Le magistère de Macron a ceci de particulier : en plus d’une geste bien mimée des comiques de cirque, il a la vertu de soutenir un lexique éclectique et bien trop classique, pour sa génération. Si bien que la jeunesse qu’il semble porter du haut de sa fière allure, rompt d’avec ses appétences à la fois pour un vocabulaire et des usages politiques désuets. Il subsiste un chiasme bien marqué entre la prétention au modernisme et l’usage particulièrement anachronique du registre paternaliste de ses postures. Un vieux jeune ou jeune vieillard, c’est selon.

Par Aguibou Diallo

Les français ont dû se résoudre à devoir composer avec cette figure, en tous points, inhibée de représentation faussement assumée, tellement la vraisemblance confine le réel chez lui. Parler pour ne rien dire, s’épancher en lieux communs ou alors se confondre en soliloque dans un sibyllinisme dont lui seul en connaît le secret, en est devenu son image de marque.
Hormis, le « nous », qui sonne avec emphase à la première personne du singulier, pour vanter les prouesses à la pyrrhus, à leur corps défendant, que lui et son gouvernement ont pu glaner de cette guerre, qu’il nous annonçait avec un aplomb qui n’a égal que son humilité à rebrousse poils feinte, devant la caméra.
Une guerre aux accents plus économiques que sanitaires; beaucoup d’imprécisions concernant les étapes progressives de la fin de cette guerre-sanitaire- synonyme de victoire finale.
Chose plus troublante, en revanche, a été le recours à une capote anglaise pour évoquer les questions économiques. Les gages envers les entreprises ont été ponctués d’adresse subliminale, pour laquelle, il ne fait aucun doute que le détricotage du code du travail et son corollaire de précarisation du salariat seront au rendez-vous de l’après covid-19.
Autrement dit, cet accès de générosité et ce socialisme de circonstances, où l’étatisme fort semblait retrouver ses quartiers ne sont que, pour emprunter à notre jeune vieillard sa formule consacrée, poudre de perlimpinpin.
Comme pris par une illumination philanthropique, le chef guerre humble, jadis snobinard à l’égard des chômeurs, méprisant envers les paresseux dont grouille la France, il étend la tentacule de son altruisme jusqu’aux confins de l’Afrique.
Et là, on retrouve une figure classique des gaullistes français, paternalistes et condescendants avec les africains mais toujours en première ligne pour porter la voix du continent noir sur la scène internationale. Ici le paltoquet d’avocat de l’Afrique dont fût affublé Chirac lui siérait à satiété.
Dans le rêve qu’ il nous dépeint, avec son lyrisme chatoyant, où l’humanisme et socialisme semblent creux, la générosité, la solidarité en deviennent le socle spécieux tout aussi cruels qu’ils ne laissent présager.
Pour s’en convaincre, un petit coup d’œil aux non-verbaux de sa communication qui trahissaient mal la gêne éprouvée par sa gestion catastrophique de cette crise sanitaire. Un brin de conscience morale lui semblait en ces instants l’habiter. La sombre corrélation entre ses choix politiques et les tragédies dont les hôpitaux sont le théâtre, les ayant soumis aux rigueurs budgétaires; rabotage du budget de la santé, suppression de plusieurs centaines de lit d’hôpitaux et gèle du recrutement des personnels de santé, sans compter sa réforme des retraites catastrophique, lui dégoulinait de sueurs froides, jusqu’à glacer son visage.
On eût crû un moment qu’il s’éprenne de contrition mais c’était sans compter sur le retour au galop vers sa zone de confort naturelle et politique: économie, sous entendue, profits aux riches, au diable les sans sous.
Et c’est ainsi qu’il accepte de creuser, de ses propres mots, le déficit des comptes publics, en finançant le chômage technique ou partiel auquel ont recours les entreprises. Alors même qu’il se dit qu’une loi sur le travail se prépare en coulisse et pour laquelle nul besoin d’être devin pour subodorer qu’elle aura comme principale mission de faire sauter le verrou de la durée légal du temps de travail et celui pour le licenciement abusif des employeurs.
Enfin, pousser des trémolos, dans une empathie bien feinte, qui revoie à la ruse du chacal, en invitant la communauté internationale à annuler massivement la dette des Etats africains, en fût la posture apostolique la plus tragi-comique.
Pour un jeune président qui disait aux jeunes burkinabés, qu’il n’a rien du colon, qu’il est de la génération post coloniale, c’est vraiment manquer de panache que de délier l’historicité de cette dette au fait colonial. Voudrait-il nous faire prendre les vessies pour des lanternes qu’il saurait s’y prendre autrement.
Pour un carnassier financier, apprenti chef de guerre, qui s’en est revenu la queue entre les jambes, semant horreur et désolation sur son passage, pour son propre peuple et son pays, ne saurait tromper la vigilance de quiconque à fortiori africain, en dépit de sa prose humaniste.
Il est bien dommage qu’une certaine intelligentsia africaine le crut et s’en fasse l’écho. Que nos paillassons de présidents et leur zouaves s’y prêtent n’est point surprenant, ils nous ont habitués à ce petit jeu de perroquets, qui rajoute à ce spectacle ô combien burlesque, un supplément de comique, mais qu’il faille nourrir une once d’espoir dans l’opinion, est répugnant et répulsif.

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