Non rapatriement des décès du Covid-19 – « ça ne repose sur aucun fondement juridique ou scientifique » proteste le CRC-Sénégal

Dans la diaspora, la décision de l’Etat du Sénégal d’interdire le rapatriement des corps victimes du covid-19 secoue fortement la communauté si bien que, des personnes se ont constitué un collectif  dénommé CRC-Sénégal (collectif pour le rapatriement des corps des Sénégalais décédés à l’étranger).  Il regroupe des sénégalais établis dans plusieurs pays. Comment comptent-ils mener ce combat et par quelles voies et avec quels arguments faire revenir le gouvernement sur cette décision ? Last Leaks s’est entretenu avec le coordinateur général, Seydina Omar BÂ. Il réside en France. 

Entretien réalisé par Rokia Pédro

Seydina Omar Ba

Last Leaks – Qui sont les gens dans ce collectif?

En fait c’est un sursaut collectif suite à la déclaration des ministres Amadou Bâ (Ministre des Affaires Étrangères) et Abdoulaye Diouf Sarr (ministre de la santé) d’interdire le rapatriement des corps des sénégalais victimes du Covid-19. Beaucoup de gens qui s’indignent dans leur coin et nous sommes dit pourquoi pas créer un collectif pour protester contre cette décision qui ne repose sur aucun fondement, ni juridique, ni scientifique.

Last Leaks – Est-ce que vous avez pris vos devants en demandant l’avis de scientifiques, des personnels de la santé pour vérifier si effectivement il ne serait pas mieux d’un point de vue sanitaire, de se plier à une pareille décision ?

Effectivement nous sommes partis recueillir des informations juridiques, médicales et scientifiques. Nous nous sommes rendus compte que la décision du Sénégal ne repose sur rien; ni sur les dernières recommandations de l’OMS, ni sur l’avis du Haut Conseil de Santé publique en ce qui concerne la France. Nous avons donc préparé un document avec des arguments scientifiques, juridiques et médicaux pour expliquer que la décision du l’Etat du Sénégal ne repose sur rien.

Last Leaks – Qui avez-vous consulté parmi les autorités françaises sur le sujet?

Nous avons d’abord été voir sur le site du Haut Conseil de la Santé publique. Ensuite nous leur avons posé des questions précises à savoir par exemple, est ce que le rapatriement des sénégalais morts du Covid est toujours possible. Ils ont répondu que non seulement c’est toujours possible mais le protocole n’est pas si différent de celui en cours. La préparation du corps, la mise en bière etc, s’effectue dans le pays où la personne est décédée. Les pays destinataires des corps n’ont finalement que la mise en terre à faire, c’est-à-dire est mis dans sac étanche, puis un cercueil qui est scellé. Donc s’il y a des opérations risquées, c’est finalement supporté au niveau du pays où la personne est décédée. Le Sénégal ne fait qu’accueillir les cercueils. Il n y a aucun risque encouru par les personnes qui vont enterrer les corps.

Last Leaks – Une fois la famille accueille son corps, qu’est-ce qui garantit qu’elle ne sera pas tentée d’enterrer le corps sans le cercueil ?

C’est le rôle de l’Etat Sénégal. Évidemment il y a ce risque là. C’est pourquoi nous proposons à l’Etat, vu qu’il y a de la place aux alentour de l’aéroport, de créer un carré où ces personnes seront enterrées avec l’encadrement de la police ou de la gendarmerie. Dans notre démarche en fait, nous ne sommes pas en confrontation avec l’État. Il existe des solutions et cette décision que l’Etat a prise, il ne l’aurait pas acté s’il y avait eu au préalable des concertations. Il est possible qu’une fois le corps arrivé, qu’il y ait une escorte jusqu’à l’endroit de l’enterrement, parce qu’il faut le souligner, les senegalais morts du Covid-19, il n’y a pas des dizaines tous les jours.

Last Leaks – Justement avez-vous une idée du nombres de décès de sénégalais liés au Covid-19 ?

Aux dernières nouvelles, il y a une quarantaine de décès du Covid-19 à New-York, en France 23….

Last Leaks – Vu le contexte exceptionnel et du moment où il y aura une sépulture conforme à la religion du défunt, avec le respect du rituel qui sied, pourquoi ne pas se plier à la décision de l’État finalement ?

La question n’est pas tant religieuse. Elle relève plutôt du droit simplement. Une personne décédée a des droits et en fait partie celui d’être enterré s’il le désire auprès des siens. Ce combat est un combat de principe. Si demain il est établi qu’il existe des risques, nous sommes raisonnables, nous accepterons. Le problème c’est que l’État n’a pas d’arguments. Il a pris une décision contre nous.

Last Leaks – Par pragmatisme, si l’Etat sénégalais achète des carrés pour ses morts, pourquoi ne pas se plier à la décision prise?

Le ministre en a parlé. Mais ce qu’il ne comprend pas c’est qu’il ne s’agit pas simplement d’acquérir des tombes. Selon les communes, les tarifs et les taxes appliqués ne sont pas les mêmes. Si sont des tombes achetées pour une durée limitée, plus tard les corps seront déterrés et dans ces cas l’objectif qui était de donner une sépulture digne à ces personnes ne serait plus possible. Nous savons que nos états ont plus à faire que de s’occuper de tombes à l’étranger.

Last Leaks – Concrètement qu’est-ce que ce collectif peut et va faire?

Nous sommes en train de faire un travail médiatique pour montrer notre désaccord dans un premier temps. Ensuite nous sommes en pourparlers avec les autorités sénégalaises. Nous discutons avec l’Etat.

Last Leaks – Pour finir, est-ce qu’il y a espoir que l’Etat du Sénégal revienne sur sa décision?

Nous l’espérons, au moins qu’il communique mieux sur la question.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!