Le passage de témoin s’est fait sans surprise, mais avec un message clair : dans un monde de plus en plus instable, le Forum de Paris sur la Paix entend durcir le ton. Le diplomate Philippe Etienne en prend désormais la tête, succédant à Ángel Gurría, à l’issue d’un vote unanime de son conseil exécutif.

À Paris, ce 1er avril 2026, la nomination sonne comme une évidence pour cette institution dédiée au multilatéralisme. À 40 ans de carrière, Philippe Etienne n’est pas un inconnu des cercles diplomatiques. De Moscou à Berlin, en passant par Bruxelles et Washington, il a été un témoin direct des grandes secousses de l’histoire contemporaine. Il a notamment vu de près l’effondrement de l’URSS et, plus récemment, les tensions transatlantiques sous l’ère Trump.
Ancien conseiller diplomatique à l’Élysée, proche du président Emmanuel Macron, il a aussi incarné cette diplomatie française qui cherche à redonner du souffle au projet européen depuis 2017. Son passage comme ambassadeur aux États-Unis, entre 2019 et 2023, l’a plongé dans une Amérique fracturée, marquée par une polarisation politique grandissante.
Son élection, à l’unanimité, par un conseil exécutif composé d’acteurs venus du Nord comme du Sud — institutions publiques, fondations et grandes organisations internationales — traduit une forme de consensus autour de son profil. Une rareté dans un contexte international où les lignes de fracture se multiplient.
Mais au-delà du parcours, c’est la feuille de route qui interpelle. Sous sa présidence, le Forum entend affronter plus directement les questions géopolitiques. Le ton est donné : il ne s’agira plus seulement de dialogue, mais aussi de confrontation d’idées face à un monde qui “se brutalise”.
Le Forum souhaite notamment renforcer son rôle de passerelle entre acteurs étatiques et sociétés civiles. Dans cette logique, des initiatives comme le dialogue entre Israéliens et Palestiniens en faveur d’une solution à deux États devraient être poursuivies, tout comme les efforts pour remettre sur la table des conflits souvent relégués au second plan.
Dans un contexte de tensions persistantes et de crises multiples, Philippe Etienne assume une ambition claire : maintenir le cap du multilatéralisme tout en l’adaptant à des réalités plus dures. « La promesse fondatrice du Forum (…) n’a jamais été aussi pressante », a-t-il déclaré, évoquant la nécessité de combler le fossé entre Nord et Sud.
Reste à voir si cette diplomatie du dialogue, revisitée à l’aune des rapports de force actuels, saura encore convaincre. Le défi est de taille : faire exister un espace de coopération dans un monde où la défiance semble désormais la règle.
