Révision judiciaire du procès de Karim: une aubaine pour la future stratégie du PDS

Les frondeurs ont quitté le PDS avec leur amnistie générale et leurs voix dissonantes. Dorénavant, la ligne du parti est bien plus audible. Doudou Wade l’a magistralement rappelé dans l’émission TFM d’hier. Seule la révision judiciaire est exigée par le parti. Depuis quelques jours, la communication du PDS et les partisans de Karim Wade se mettent en ordre de bataille autour de la révision judiciaire. Les posts se multiplient en ce sens sur les réseaux sociaux. Le mot d’ordre est passé par là.

Emmanuel Desfourneaux

 C’est une bonne chose que l’unité du PDS, mise à rude épreuve avec les frondeurs, se concrétise autour de l’Etat de droit. La division est un luxe que le PDS ne peut plus se payer en ces temps de combat ! C’est bien la lutte en faveur des droits humains qui doit rassembler : celle-ci forme l’ADN du plus vieux parti de l’opposition sénégalais.

Jusqu’alors on présentait l’affaire Karim Wade comme un boulet pour le parti : viendra-t-il, viendra-t-il pas ? Communiquera-t-il, communiquera-t-il pas ? Et si l’affaire Karim Wade était une opportunité extraordinaire, un catalysateur pour le renouveau du PDS mais aussi pour l’émergence d’un citoyen nouveau faisant respecter ses droits contre le pouvoir politique (comme récemment dans la condamnation du Maire de Mbour) !

1) Profiter de cette demande de révision judiciaire pour redynamiser le PDS sur la base du respect des droits humains. Ces derniers ont maintes fois été remis en cause par le pouvoir en place. Le PDS, de par sa charte et son histoire, est invité à reprendre le flambeau des libertés publiques. Le PDS ne doit pas être derrière les mouvements citoyens – à la traîne, mais devant : montrer la voie, prendre l’initiative, hausser le ton. Ce parti a une légitimité historique dans la défense de la démocratie que personne ne saurait lui contester.

2) Elargir le cas de Karim Wade à tous les citoyens. La révision judiciaire ne se limite pas au seul cas du PDS. Elle concerne chaque citoyen qui peut être confronté à la justice une fois dans sa vie. Je le martèle mais c’est essentiel. C’est donc au-delà de Karim Wade, une question d’intérêt général, c’est l’intérêt supérieur de la Nation qui est en jeu, celle de la justice et de la bonne gouvernance. C’est bien le combat de tous mais le PDS doit le faire comprendre par des actions communicantes dans cette direction.

Révision, révision…Soit ! Mais de quelle révision est-il question ? Je ne reviendrai pas sur le débat juridique : la piste du gouvernement, devant le Comité des droits de l’homme à Genève, était bien entendu celle du réexamen par la Cour suprême. Mais sans loi introduisant un double degré de juridiction, il était difficile de l’annoncer urbi et orbi.

Le PDS ne doit pas seulement crier « Révision, révision » ! Ce parti ne peut pas rester les mains croisées et attendre la prochaine condamnation du Comité des droits de l’homme. Comme je l’ai écrit dans mon dernier édito, Macky Sall est dans une impasse. Aussi dans les années à venir, le PDS bénéficiera d’une toute petite fenêtre de tir. Il ne faudra pas la louper !

Le PDS doit avoir déjà entre ses mains des propositions claires sur la révision. Ne vous attendez pas à ce que l’Etat le fasse à la place des personnes concernées ! Il faut dire qu’il y a de nombreuses voies pour obtenir une révision, pas seulement un réexamen stricto sensu, et l’ouverture d’un nouveau procès (ex-nihilo). Ce serait d’ailleurs une grave erreur pour le PDS qui se jetterait dans la gueule du loup. Attention que la révision ne se retourne pas non plus contre le PDS ! Peut-être, si ce n’est déjà fait, la commission juridique du PDS pourrait-elle envisager les différentes pistes révisionnelles à soumettre au gouvernement. Il faut y aller, l’horloge politique tourne ! Une mise en demeure pourrait être aussi adressée au gouvernement faisant suite à la forclusion du délai imparti à la révision du procès. Les député-e-s du PDS doivent aussi monter au front en assaillant le gouvernement de questions sur l’application des conventions internationales protectrices des droits des citoyens sénégalais. Le combat doit être mené partout !

Bref, il faut transformer le cas judiciaire de Karim Wade en un prétexte pour consolider le PDS sur son aile politique libérale et attirer de nouveaux électeurs sensibles aux questions de la démocratie et des libertés publiques. Des états généraux sur les libertés publiques au siège social du PDS réunissant toutes les forces vives de la nation sénégalaise, pourraient aussi se tenir dans cette perspective.

Je reste persuadé que tout développement a besoin de la démocratie. Seulement le tout-développement, avec une omniprésence de l’Etat africain, a ruiné l’espoir de la démocratie. Macky Sall est dans cette continuité avec le cynisme calcul du pétrole qui ferait oublier toutes dérives. Pourtant rien ne saurait être au-dessus des droits de l’homme !

Le travail est donc loin d’être terminé ! Il ne fait que commencer…Au PDS de jouer sa partition !

EMMANUEL DESFOURNEAUX
Juriste spécialiste des Droits de l’Homme

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