Le Sénégal a gagné la CAN, une victoire mérité au vu de tous les obstacles délibérément mis sur le chemins des sénégalais. Mais sur aun autre angle, ce qu’il s’est passé ce jour-là est grave et mérite qu’on s’y attarde, au-delà de l’euphorie et des célébrations. Pape Thiaw, le sélectionneur, a pris la responsabilité de demander à ses joueurs de bouder le match, de quitter le terrain et de refuser, dans un premier temps, d’aller jusqu’au bout de la rencontre.
Il faut mesurer la portée de l’acte du coach Pape Thiaw. Bouder un match, ce n’est pas seulement perdre une finale : selon les règlements de la CAF et de la FIFA, c’est s’exposer à des sanctions lourdes, allant de la défaite par forfait à l’exclusion de la compétition, en passant par des amendes et des sanctions disciplinaires pouvant concerner la fédération elle-même. Le savait-il vraiment ?

La question est simple : avait-il le droit de prendre une décision pareille ?
Certes, il était sous le coup de la colère et de l’injustice ressentie. Mais bon sang, qui est-il pour faire courir un tel risque à toute une nation ? Un sélectionneur ne peut pas agir en son nom propre, parce qu’il agit au nom de l’État, du peuple et de la nation sénégalaise. Le savait-il vraiment ?
Les règlements sont clairs.
👉 Selon la CAF, toute équipe qui refuse de poursuivre un match ou quitte le terrain sans l’autorisation de l’arbitre est déclarée perdante par forfait (3-0) et peut être éliminée de la compétition, avec des sanctions disciplinaires supplémentaires décidées par les instances.
👉 Selon la FIFA, un abandon de match constitue une violation grave : la défaite est automatiquement prononcée, et la commission de discipline peut infliger amendes, suspensions et exclusions, y compris pour les compétitions futures.
Autrement dit, le Sénégal risquait gros. Très gros.
Et il faut le dire clairement : n’eût été Sadio Mané, les joueurs ne seraient probablement pas revenus sur le terrain pour terminer le match. Ce retour à la raison n’est pas anodin. Il a évité au Sénégal une crise sportive, diplomatique et institutionnelle sans précédent.
Car il faut rappeler un fait essentiel. Avant le début de la compétition, les Lions ont été reçus par le président de la République, qui leur a remis le drapeau national. Ce geste n’est pas folklorique. Il est hautement symbolique. Il signifie une chose : vous représentez le Sénégal, les 18 millions de Sénégalais. À partir de cet instant, chaque joueur devient un ambassadeur du pays, et chaque décision engage bien plus qu’un vestiaire.
Alors, de quel droit, et au nom de qui, un sélectionneur peut-il décider de défier les règlements internationaux, de mettre en péril une finale continentale et d’exposer tout un pays à des sanctions ?
Après la fête et les célébrations, Pape Thiaw mérite d’être entendu par sa tutelle. Non pas pour nier l’émotion ou l’injustice ressentie, mais parce que ce qu’il a fait dépasse le cadre sportif. On ne joue pas avec les symboles de la nation, on ne joue pas avec le drapeau, et on ne joue pas avec les règles internationales sans en assumer les conséquences.
Gagner une CAN, c’est historique.
Mais éviter une faute institutionnelle majeure, ce jour-là, l’a été tout autant.
