La crise universitaire au Sénégal a franchi un seuil dramatique avec la mort dans l’université de l’étudiant Abdoulaye Bâ, conséquence directe d’une situation devenue explosive dans les universités surtout à l’UCAD. Ce décès, disons le sincèrement, n’est ni un accident isolé ni une fatalité. Il est le résultat d’un abandon politique, d’un mépris persistant pour la détresse des étudiants et d’une gestion autoritaire d’un problème pourtant connu et parfaitement solvable.
R. Pédro
Depuis des semaines, les étudiants réclamaient une chose simple : le paiement de leurs bourses. Rien de plus. Rien d’extraordinaire. Ces bourses ne sont pas un luxe, mais une condition minimale de survie pour des milliers d’étudiants issus de familles modestes. Elles couvrent l’alimentation, le logement, le transport. Régler cette question aurait désamorcé au moins 80 % de la crise. Tout le monde le sait. Le gouvernement le sait. Le Premier ministre le sait.

Et pourtant, au lieu d’apporter des solutions, Ousmane Sonko choisit la fuite. Pire : jamais responsable, toujours victime, il désigne des coupables imaginaires. Des « politiciens tapis dans l’ombre », forcément de l’opposition, qui manipuleraient les étudiants. Cet argument est non seulement éculé, mais insultant. Il nie l’intelligence, l’autonomie et la souffrance réelle des étudiants sénégalais.
Ils lui ont d’ailleurs répondu et promettent de porter plainte contre le PM pour diffamation, outrés par les propos qu’il a tenu.
Face à une jeunesse à bout, Sonko a durci le ton. Sa parole s’est fait martiale, sa posture devenue naturellement répressive et le dialogue inexistant. Résultat : la tension est montée, les forces de l’ordre sont intervenues de manière extrêmement violente, et Abdoulaye Bâ a perdu la vie. Voilà le bilan.
Et, au-delà de cette dramatique affaire, ce qui frappe le plus, c’est l’obsession manifeste du Premier ministre pour la prochaine échéance présidentielle. Tout semble désormais filtré à travers ce prisme ( Sonko 2029). Le PM et chef de parti fait « focus » sur 2029. Chaque crise est perçue non pas comme un problème à résoudre, mais plutôt comme un risque politique à contenir. Et comment ! Dans cette logique, il est clair que l’exercice de ce mandat en cours passe au second plan, alors même que c’est ce premier mandat qui servira de base au jugement des Sénégalais. Tout est évident, la faute à Diomaye?
Pourtant, c’est bien maintenant que tout se joue. C’est maintenant que le peuple sénégalais, -qui souffre actuellement et croule sous le poids de la dépense quotidienne, du coût élevé de l’électricité, du chômage des jeune-, subit certes mais observe et compare avec le passé récent afin de pouvoir évaluer plus tard. Gouverner ce pays, ce n’est pas tenir des discours tous les mois, encore moins être en campagne permanente. Ce n’est sûrement pas sacrifier la gestion quotidienne du Sénégal sur l’autel d’ambitions futures. Enfin, ce n’est pas non plus se draper dans un discours de patriotisme tout en laissant pourrir des crises qui touchent directement la jeunesse.
L’attitude d’Ousmane Sonko dans cette affaire est profondément égoïste. En fait, elle n’a rien de patriotique. Car, le patriotisme, c’est protéger ses étudiants, garantir leur dignité, investir dans leur avenir. Ce n’est ni les accuser d’être à la solde d’opposants, ni les réprimer, ni les instrumentaliser.
Aujourd’hui, une évidence s’impose : Ousmane Sonko est devenu un frein, un boulet pour le président Bassirou Diomaye Faye. Il est au centre de tout et il crispe tout. À lui seul, le PM gangrène le travail de ce régime et empêche le pays d’avancer sereinement.
La mort d’Abdoulaye Bâ à la fleur de l’âge et à l’intérieur du campus universitaire restera comme une tache indélébile. Elle pose une question très simple, mais brutale : combien faudra-t-il encore de drames pour que le pouvoir écoute enfin sa jeunesse ?
