Vers l’embrasement des villes sénégalaises ?

L'armée déployée dans les rues de Dakar hier soir

Nouvelles manifestations et rassemblements dans les villes sénégalaises pour protester contre le couvre-feu qui sévit depuis le 23 mars. C’est clairement un signal fort à l’endroit de l’exécutif. Les sénégalais ont dans l’ensemble été assez disciplinés acceptant un couvre-feu pour lutter contre la progression de la pandémie du Covid-19. Aujourd’hui la majorité est à cran.  

R. Pédro

Des manifestations spontanées et contagieuses des citoyens dans les villes de Touba, Thiès, Mbacké, Tambacounda…ce mardi. Hier soir c’était le tour de Kaolack et partout à Dakar et sa banlieue ; et où encore !  L’armée a d’ailleurs été déployée dans les rues de la capitale pour sécuriser certains périmètres. 

La perspective d’un embrasement synchronisé de toutes les grandes villes du pays pour réclamer la fin du couvre-feu n’est plus à craindre, il est inévitable.
La perspective d’un embrasement synchronisé de toutes les grandes villes du pays pour réclamer la fin du couvre-feu n’est plus à craindre, il est inévitable. L’état d’urgence décrété depuis le 23 mars auquel le couvre-feu est assorti va se poursuivre jusqu’à la fin du mois de juin. Ce qui parait juste intenable pour beaucoup de sénégalais affectés par la crise économique née de celle sanitaire du covid-19.  
Ainsi donc, chaque soir, dans chaque quartier les gens vont se mettre à manifester dans la rue. À Kaolack les jeunes scandaient « le couvre-feu doit se terminer « , partout ailleurs la revendication est la même. 
L’état d’urgence apparait désormais comme une contrainte qui a assez duré et qui de surcroit semble n’avoir aucun impact sur la supposée guerre contre le virus (aucune étude, sondage ou données officielles ne renseignent sur l’efficacité de cette mesure sur la stratégie de lutte contre le Covid-19). 
Par contre, ce qui est perceptible, c’est ce parfum dans l’air comme une atmosphère de révolte, un ras-le-bol de « on en a marre », « on n’a plus rien à bouffer « , ce sentiment d’étouffer sous ces restrictions de liberté de circuler qui commence à trop peser dans la vie des sénégalais. A cet état de fait se greffent d’autres revendications et protestations légitimes de la population comme c’est le cas avec les enseignants… 
Trop de « gorgorlus » se retrouvent sur la paille, empêchés de colmater des sous dans un système non seulement informel mais qui en plus est amputé d’un élément majeur : les transports interurbains. Or, il se trouve que les transports, surtout informels, fournissent de l’emploi à des milliers de sénégalais, des citoyens travailleurs occupant des fonctions variées dans ce secteur aux ramifications diverses qui font marcher l’économie. Combien de petits jobs comporte en effet le secteur des transports ; par conséquent combien de familles sont actuellement durement impactées par quasiment trois mois d’arrêt d’activité ? Le constat est simple ; la couche la plus défavorisée de la population est à cran. Est-ce qu’elle tiendra encore un long mois ? Peu probable.  

Dans le Macky, l’on ne manquera sûrement pas de réagir après les manifestations de ce mardi et de la nuit dernière, cette tension perceptible et propageant dans tout le pays.  
Ne soyons donc pas étonnés de voir les mesures restrictives s’assouplir dans les jours à venir. Dans ce contexte actuel de protestation mondiale presque contagieuse, le spectre des émeutes américaines (le contexte n’étant pas le même) hante le sommeil de tous les dirigeants à fortiori ceux qui tâtonnent et font du pilotage à vue.  

Le message à décoder à travers les dernières manifestations -de ces responsables de famille qui ne savent plus à quel saint se vouer, tous ces gens touchés sérieusement par la crise économique résultant de la pandémie-, n’est sûrement pas tombé dans l’oreille d’un sourd.  
Et, le président Sall a déjà une perche qui lui est tendue. Il peut prétexter de la sortie du calife général de la communauté Mouride pour lever l’interdiction de circuler entre les villes du pays et permettre enfin le redémarrage du secteur des transports.  

Sinon, de toutes façons Macky a habitué les sénégalais à copier et exécuter toutes les mesures prises par la France surtout durant la pandémie du Covid-19. Étant donné qu’au pays de Marianne la normalité revient et reprend ses droits, on est enclin à penser qu’il fera sauter les verrous comme son « homologue » Macron.  

Enfin, le scénario le plus risqué serait que le gouvernement s’entête à maintenir le couvre-feu qui est aujourd’hui le motif de ces manifestations et qui peut surement embraser tout le pays si l’on n’y prend pas garde. Le rapport entre la police et les citoyen a beaucoup évolué. Les jeunes sont prêts à un rapport de force et c’est une réalité qu’il ne faudrait pas négliger. 

 

 

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