Yakham, Cissé Lô et Farba; la petitesse bestiale de sous hommes surfaits

« Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. » Alexis De Tocqueville

Par Aguibou Diallo 


Cissé Lô, Yakham, Farba et le couple présidentiel ne sont pas qu’inconscients, ils ne sont pas que perdus par le pouvoir, non ! Ils sont la petitesse bestiale de sous hommes surfaits. Il n’est pas besoin de remonter au Marquis de Sade ou à Dostoïevski pour intégrer imprévisibilité prévisible et du destin et de la nature de l’homme.
Pour autant et pour prévisible que puissent être l’inconsistance, l’incompétence et le substrat folklorique de la gouvernance du Macky, la pagaille dans laquelle il nous installe dépasse toutes les prévisions.

Il y’a lieu, en effet, de s’interroger sur le modèle rationel dont répond ce système. Il ne suffit pas de logique prébendière ou d’être frappé d’une impotence systémique. Ni non plus de se limiter au gangstérisme d’État que cette horde de pillards incultes a réussi à ériger en mode de gouvernance.

Il existe semblerait il une congruence entre la posture démissionnaire et fataliste des populations, et principalement de la jeunesse, et la boulimie insatiable de nos Arsène Lupin tropicaux.

Même le pouvoir des Romanov, du nom de la dernière famille des Tsars russes, avec les frasques rédhibitoires de Raspoutine, n’avait pas été aussi bas que terre que celui du Macky.

Raspoutine s’était fait une pléthore d’ennemis intérieurs, son emprise sur Alexandra, épouse du Tsar Nicolas II, et les avantages y resultant, pouvaient le justifier.

S’y ajoute que son art ne se limitait plus à soigner miraculeusement et à distiller un culte hérétique de l’évangile, son emprise se prolongea jusqu’à préempter la conduite à tenir par le Tsar dans la gouvernance des affaires courantes de la Russie.

Cette affaissement du pouvoir russe lui valait la risée dans toutes les chaumières d’Europe et d’ailleurs.

Un siècle plus tard, c’est sur les tropiques du continent noir, le pays d’illustres hommes de tout ordre, spirituel, scientifique et littéraire, offre un spectacle que le plus inspiré des remonciers ne sauraient inventer, aussi inspiré soit il! Ici la réalité surpasse la fiction et la rend fade.

Mais les sénégalais que nous sommes sont moins dignes que les bolcheviks, nous feignons l’indignation, pour parodier les anciens, mais freinons des quatre fers quand vient le temps de remplir la fonction y attenante.

La culture de la courte échelle et des raccourcis est autant vilipendée de la vulgate populaire qu’elle s’insinue insidieusement dans les prières secrètes de chaque aspirant à la réussite matérielle, qui peuple les bêtes de sommes que nous sommes devenus.
De sorte qu’ en sus du fossé béant qui éloigne nos mandants du constituant sénégalais, la désinvolture et le langage de cherretier tient lieu discours politiquement savant.

Disons tout bonnement, dans notre cas, que « l’emprise croissante du non-sens s’est accompagnée d’une perte du sens commun. Et à bien des égards, ce phénomène est apparu simplement comme progrès de la stupidité. » Dixit Hannah Arendt, dans la nature du totalitarisme.

Voilà ce que cela nous coûte de nous saupoudrer d’une démocratie de pacotille avec des leaders (majorité et opposition ) d’opérette, et qui est dépouillée de tout souci d’exemplarité, pour l’Histoire et la postérité.

Pierre Rosanvallon nous dit dans le bon gouvernement que  » gouverner, c’est aussi parler ». Mais peut on vraiment qualifier le discours de cette caste de politiciens de langage ?
Puisque, nous dit Rosanvallon,  » parler, parce que le langage est organisateur du monde humain, tout simplement. » Alors de quelle organisation relève le langage cherretier de cette caste ?
Même si, argue le même auteur, qu’ « une politique démocratique implique de donner un langage à ce que vivent les gens, de rendre lisibles l’action publique, ses objectifs et ses vicissitudes, de trouver les mots qui expriment à un moment donné le sens d’une épreuve ou d’une fierté collectives. »
En l’espèce, ce débat de chiffonniers, catapultés à la direction de l’Etat, exhibe et rend lisible la perspective d’une implosion mortifère nous guettant avec hâte, que notre posture  » de troupeau d’animaux timides et industrieux » facilite aisément.

En effet, selon l’historien français,  » parler vrai, c’est accroître du même coup la maîtrise des citoyens sur leur existence et leur permettre d’instaurer une relation positive avec la vie politique. Parler faux ou parler creux, c’est à l’inverse amplifier l’écart. Au sens le plus fort du terme, le langage politique est pour cette raison au coeur de l’établissement de la confiance. Car c’est dans le sentiment de sa justesse que réside la possibilité de lier le présent à l’avenir ».

Or, quel honnête observateur peut soutenir que cette caste de politiciens nous tient un langage politique qui raffermit le sentiment de confiance? L’altérité prend ici des accents de caractérisation infâmante d’autrui. Et pour tout dire, avouons le sans tomber dans la caricature, l’assimilation de l’espace politique en arène, ne relève pas seulement du champ lexical, elle traduit l’emprunt par les politiques du langage des lutteurs.

Nous nous sommes amusés du wathiathia de Macky, ulcérés des insanités de Cissé Lô ou de Farba, alors qu’il s’agissait bien là de la mise en feu de la mèche qui fera sauter la poudrière au dessus de nos têtes.
Sauf à écourter le mandat en cours, exiger la démission du Macky, le mèche qui se consume petit à petit finira par nous perdre tous.

Le devoir de dissidence est un impératif pour la survie du pays et des prochaines générations, notre amour pour la paix ne saurait servir d’excuse face à la volonté déterminée d’une poignée d’hommes liges acquis à la cause de notre perte.

Les sénégalais de toutes obédiences et de toutes classes sociales, civils comme militaires, sont interpellés devant le péril que Macky et ses sicaires veulent nous projeter.

Le changement, ce n’est pas demain. C’est maintenant ou jamais !






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