Après six années d’absence, Céline Dion remonte sur scène, ce samedi 12 septembre, à Paris La Défense Arena. Le premier des seize concerts affiche complet, comme toute sa résidence parisienne. Mais que rapporte réellement cet engouement ? Et au-delà du phénomène people et de la machine économique, quelle est encore l’utilité de Céline Dion ?

Roxanna Seshat
Des admirateurs campent devant son hôtel. D’autres sont venus de l’étranger, parfois sans billet, avec le seul espoir de l’apercevoir. À Paris, le retour de Céline Dion ne ressemble déjà plus à un simple concert. Il est devenu un événement presque national.
La chanteuse québécoise retrouve la scène après six ans d’absence et un long combat contre le syndrome de la personne raide, une maladie neurologique rare qui provoque notamment de violents spasmes musculaires. Son interprétation de L’Hymne à l’amour, depuis la tour Eiffel lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024, avait déjà bouleversé des millions de téléspectateurs. Cette fois, elle doit tenir toute une scène et tout un spectacle.
L’engouement est immense : seize concerts programmés entre le 12 septembre et le 17 octobre, plus de 480 000 billets vendus et des millions de personnes inscrites pour tenter d’obtenir une place. Les tarifs officiels s’échelonnaient de 89,50 à 298,50 euros. La billetterie représente donc, à elle seule, plusieurs dizaines de millions d’euros.
Mais Céline Dion ne rapporte pas seulement aux producteurs de ses spectacles. Elle remplit les hôtels, les trains, les avions, les restaurants et les commerces. Elle fait travailler des techniciens, des musiciens, des choristes, des agents de sécurité, des chauffeurs ou encore des équipes d’accueil. Sans compter les partenariats commerciaux, les produits dérivés et les retombées médiatiques internationales pour Paris.
Reste une question : pourquoi elle ? Pourquoi un tel emballement pour une chanteuse que certains réduisent encore à des chansons populaires, simples, parfois même trop sentimentales ?
Philippe Renaud, journaliste musical au quotidien québécois Le Devoir, rappelle que Céline Dion est d’abord devenue une personnalité publique. Dès lors, tout ce qu’elle fait dépasse la musique pour entrer dans l’univers people. Pourtant, derrière le personnage mondialement connu, il reste une technicienne de la voix.
À l’Université de Montréal, où la musique populaire est étudiée comme une discipline à part entière, élèves et professeurs insistent sur la difficulté réelle de son travail. Ses mélodies ne sont peut-être pas toujours complexes. La batterie peut parfois sembler se résumer à un simple « boum, tac, boum, tac ». Mais encore faut-il que chaque note, chaque respiration et chaque battement tombe exactement au bon moment.
C’est peut-être là que se trouve l’utilité de Céline Dion. Ses chansons n’ont pas besoin d’être savantes pour atteindre le public. Leur apparente simplicité laisse toute la place à la voix, mais aussi aux souvenirs, aux deuils, aux histoires d’amour et aux blessures de chacun.
Céline Dion rapporte beaucoup d’argent, incontestablement. Mais elle produit aussi quelque chose de plus difficile à chiffrer : une émotion collective. Son retour raconte la résistance d’une femme qui, après avoir perdu une partie du contrôle de son corps et de sa voix, choisit malgré tout de revenir. Le public ne paie donc pas seulement pour écouter des chansons. Il vient aussi assister à une victoire.





