Par Rokhaya THIAM, alias Rokia Pédro
La rencontre annoncée à Genève ce samedi 15 août autour de la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies devait être un moment de mobilisation et de visibilité. Elle est déjà devenue, avant même sa tenue, le théâtre d’une autre bataille : celle de la paternité de l’initiative.

Selon des informations publiées ces derniers jours, des divergences sont apparues autour de l’organisation de cette rencontre et de l’utilisation du nom du Front de résistance démocratique et social (FRDS). Dans une publication datée du 5 août, un responsable présenté comme membre du FRDS affirme avoir découvert l’organisation d’une conférence à Genève sans en avoir été informé. Il dénonce l’utilisation du nom de la structure et s’interroge sur les conditions dans lesquelles cette initiative a été préparée. Cette polémique peut sembler secondaire. Elle ne l’est pas forcément.
Car dans une campagne internationale où chaque rassemblement, chaque soutien et chaque prise de parole peuvent être interprétés comme un signal politique, la question de savoir qui organise, qui mobilise et au nom de qui devient rapidement une question de crédibilité.
Une candidature qui cherche encore son second souffle
Macky Sall n’est pas un candidat marginal dans cette course. L’ancien président sénégalais dispose d’une expérience institutionnelle importante. Il a dirigé le Sénégal pendant douze ans, présidé l’Union africaine et a occupé plusieurs fonctions internationales. Sa candidature a surtout franchi un cap politique important lorsque le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé, en juillet, le soutien officiel du Sénégal et demandé au gouvernement ainsi qu’au réseau diplomatique sénégalais de se mobiliser en faveur de cette candidature.
Mais le soutien de Dakar ne suffit pas à lui garantir une place dans le dernier carré. Le premier vote indicatif du Conseil de sécurité est venu rappeler une réalité beaucoup plus difficile. Macky Sall a obtenu six voix favorables contre sept défavorables et deux sans choix. Rebeca Grynspan, candidate du Costa Rica, est arrivée en tête. Ce résultat n’est pas un vote final. Il n’est pas juridiquement contraignant et d’autres tours doivent intervenir. Mais il serait tout aussi imprudent de le minimiser.
Dans les deux précédentes procédures de sélection, le candidat arrivé en tête du premier vote indicatif avait finalement obtenu le poste : Ban Ki-moon en 2006 et António Guterres en 2016. La position actuelle de Rebeca Grynspan constitue donc un avantage politique réel, même si elle ne signifie pas que la course est terminée.
Macky Sall a-t-il encore une chance ?
Oui faiblement. Mais il serait difficile, à ce stade, de dire qu’il est favori. nC’est toute la nuance de la situation.
Le score du 30 juillet montre que Macky Sall, ancien président du Sénégal, doit désormais convaincre des membres du Conseil de sécurité qui ne l’ont pas placé en bonne position lors du premier tour. Sa campagne doit donc changer d’échelle : il ne s’agit plus seulement de faire connaître sa candidature, mais de construire les compromis diplomatiques nécessaires à une nomination qui se décide dans un cercle très restreint.
Le prochain secrétaire général ne sera pas élu directement par l’ensemble des États membres. La procédure passe d’abord par une recommandation du Conseil de sécurité, qui doit recueillir au moins neuf voix sur quinze et ne pas faire l’objet d’un veto d’un des cinq membres permanents. L’Assemblée générale procède ensuite à la nomination. Autrement dit, une candidature peut disposer d’un soutien politique important dans une région du monde et pourtant échouer à franchir le verrou du Conseil de sécurité. Macky Sall possède néanmoins plusieurs cartes.
La première est l’Afrique. Sa candidature peut être présentée comme celle d’un ancien chef d’État africain au moment où le continent réclame depuis longtemps une représentation plus importante dans les grandes institutions internationales. La deuxième est son expérience politique et diplomatique. Son passage à la tête de l’Union africaine et son expérience de chef d’État constituent des arguments sérieux pour une fonction qui exige précisément une capacité à dialoguer avec des gouvernements aux intérêts souvent contradictoires. La troisième est le soutien désormais officiel du Sénégal. Le changement de position de Dakar est loin d’être anodin. Il donne à la candidature une assise étatique qu’elle n’avait pas de la même manière auparavant.
Mais il existe aussi des obstacles.
Le premier est mathématique : six voix favorables et sept défavorables lors du premier vote indicatif, ce n’est pas une position confortable. Le deuxième est géopolitique. Cinq des sept candidats recensés au début du processus sont issus d’Amérique latine ou des Caraïbes, ce qui nourrit l’idée d’une rotation régionale en faveur de cette zone. Plusieurs candidates latino-américaines défendent également l’idée qu’il est temps qu’une femme prenne la tête de l’organisation. Le troisième obstacle est celui de la concurrence africaine. Macky Sall n’est pas le seul Africain engagé dans la course, ce qui peut compliquer la capacité du continent à concentrer ses soutiens autour d’une seule candidature.
Genève, une bataille symbolique
C’est dans ce contexte que la rencontre de Genève prend une importance particulière. Il ne faut probablement pas attendre d’une conférence de ce type qu’elle modifie à elle seule le rapport de forces au Conseil de sécurité. Ce serait lui attribuer un poids qu’elle n’a pas. En revanche, elle peut servir à mesurer la capacité de mobilisation autour de la candidature de Macky Sall, notamment auprès des Sénégalais de la diaspora, des réseaux africains et des acteurs qui souhaitent voir l’Afrique davantage représentée dans les grandes institutions internationales.
Et c’est précisément pourquoi la querelle autour de l’organisation de la rencontre mérite d’être regardée avec attention.Lorsqu’une candidature ambitionne de représenter non seulement un homme, mais une région et, au-delà, une certaine vision de l’Afrique dans le système multilatéral, les querelles de structures peuvent rapidement devenir contre-productives. La question n’est donc pas seulement de savoir qui sera présent à Genève samedi.
Il faudra aussi regarder qui parle au nom de qui, avec quel mandat, au nom de quelle organisation et avec quelle capacité réelle de mobilisation.
Une course loin d’être terminée
À ce stade, annoncer la défaite de Macky Sall serait prématuré. Annoncer qu’il est en bonne position le serait tout autant. Le premier vote indicatif lui est défavorable. Rebeca Grynspan dispose d’une avance et bénéficie d’une dynamique importante. Mais la procédure de sélection du secrétaire général de l’ONU est précisément faite de négociations, de compromis et de recompositions qui peuvent modifier les équilibres au fil des tours.
Macky Sall a donc encore une fenêtre. Elle est étroite, mais elle existe. Pour la franchir, il lui faudra transformer le soutien politique affiché en soutiens diplomatiques concrets, convaincre au-delà de son cercle naturel et surtout démontrer qu’il peut devenir un candidat de compromis acceptable par les membres permanents du Conseil de sécurité. Le rendez-vous de Genève ne décidera pas du prochain secrétaire général de l’ONU. Mais il permettra peut-être de mesurer une chose essentielle : la candidature de Macky Sall est-elle encore capable de créer une dynamique, ou commence-t-elle déjà à perdre du terrain ?
C’est aussi sous cet angle qu’il faudra regarder la rencontre du 15 août. Et peut-être davantage encore les messages qui en sortiront.
