Le cas allemand vient remettre cette question sur la table. Après la présentation de Moustapha Guèye comme coordonnateur de Kiiraay en Allemagne, le comité d’initiative représenté par Ibrahima Cissé a publié un démenti. Il affirme n’avoir été ni informé ni associé au processus et demande à la direction du parti de clarifier la situation. Des rivalités autour des coordinations ont aussi été rapportées en France et au Sénégal, notamment à Touba.

Rokia Pédro
Kiiraay a pourtant été lancé officiellement le 25 juillet 2026, avec Bassirou Diomaye Faye à sa tête. Depuis, les annonces de responsables locaux se multiplient. En revanche, les militants et le public ne disposent pas, à notre connaissance, d’un organigramme largement diffusé permettant d’identifier les responsables reconnus par le parti, ni d’informations claires sur les modalités d’adhésion et la délivrance éventuelle de cartes de membre.
Cette absence de repères visibles laisse le terrain libre à une guerre de positionnement. Il serait excessif d’affirmer que tous ceux qui revendiquent une responsabilité s’autoproclament : certaines désignations peuvent avoir été faites selon des règles internes. Mais tant que la direction ne les explique pas publiquement et ne tranche pas les contestations, comment distinguer une coordination reconnue d’un groupe qui parle en son propre nom ?
La question est d’autant plus sérieuse que Kiiraay est le parti du président de la République. Son lancement a suscité des adhésions et des ambitions. Parmi ceux qui s’engagent, certains veulent sans doute contribuer sincèrement au projet politique annoncé. D’autres peuvent aussi voir dans une fonction de coordonnateur un moyen de se placer pour la suite surtout avec la vague de nominations récente (84 personnes). On ne peut attribuer une telle motivation à une personne sans preuve. On peut, en revanche, constater qu’un parti qui laisse plusieurs responsables se disputer le même titre entretient lui-même ce soupçon.
Face aux contestations, le silence des instances dirigeantes devient difficile à comprendre. Qui tient le fichier des adhérents ? Qui dirige Kiiraay au Sénégal? Qui est qui et qui fait quoi? Diomaye, Mimi, Abdourahmane…? Comment un responsable est-il choisi ? À qui un militant peut-il s’adresser lorsqu’une coordination est contestée ? Fifi Diakhaté ou Mimi Touré, Hannibal Djim ou quelqu’un d’autre? Ces questions appellent des réponses simples, publiques et applicables aussi bien au Sénégal que dans la diaspora.
Un parti ne peut pas demander à ses militants de se rassembler autour d’un projet tout en les laissant se battre pour savoir qui parle en son nom. Bassirou Diomaye Faye a annoncé la création de Kiiraay en grande pompe. Il appartient désormais à ses responsables d’en montrer l’organisation, de fixer les règles et de les faire respecter. Est-ce bien sérieux de laisser cette guerre de positionnement tenir lieu de fonctionnement du parti ?




