
PARTI PRIS — Les lycéens bloquent leurs établissements et manifestent pour réclamer de meilleures conditions d’étude. Ils ont raison de faire entendre leur voix. Ce qui me choque, c’est la vitesse à laquelle des responsables politiques se sont emparés de leur colère pour se livrer une nouvelle bataille.
Rokia Pédro
Quand des élèves dénoncent le manque de moyens dans leur lycée, il faut commencer par les écouter. Un jeune ne devrait pas avoir moins de chances d’apprendre parce que son établissement manque d’enseignants, de matériel ou de locaux adaptés. Les conditions de cours devraient être dignes partout en France. Cette exigence est simple. Elle mérite mieux qu’un échange de coups politiques.
Les lycéens ont donc raison de manifester. On peut discuter des blocages, de leurs conséquences pour les autres élèves et de la manière de conduire le mouvement. Mais on ne peut pas évacuer leurs revendications en parlant seulement des grilles fermées ou des tensions devant les établissements. La question est aussi de savoir ce qui se passe derrière ces grilles, chaque jour, pendant les cours.
Et voilà que les adultes entrent en scène. Jean-Luc Mélenchon affiche son soutien aux lycéens. En face, les réactions fusent, les attaques répondent aux attaques. Chacun veut avoir le dernier mot. Les élèves, eux, attendent surtout que leurs problèmes soient pris au sérieux.
Je trouve ce spectacle honteux. Parmi ces responsables, il y a sans doute des parents qui voudraient, comme tous les autres, que leurs enfants étudient dans de bonnes conditions. Pourquoi cette évidence disparaît-elle dès qu’un micro s’allume ou qu’un message peut faire le tour des réseaux sociaux ?
Ils auraient pu débattre des moyens à donner aux lycées concernés. Combien d’enseignants manquent ? Quels travaux faut-il engager ? Quelles réponses peuvent être apportées rapidement aux élèves et aux équipes éducatives ? Voilà des questions sur lesquelles on attend des responsables politiques.
À la place, la colère des lycéens devient un terrain d’affrontement. J’ai le sentiment que certains regardent déjà ce qu’ils peuvent en retirer en popularité ou en voix. Les élèves n’ont demandé à personne de faire campagne sur leur dos.
Qu’ils manifestent, oui. Qu’on les écoute, surtout. Et que les adultes cessent un instant de se regarder parler pour s’occuper enfin des lycées.






