
Le PM Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo avait promis de parler vrai. Certes, pour sa Déclaration de politique générale, hier 8 septembre, il a effectivement posé sur la table les chiffres difficiles : la dette, la pauvreté, les arriérés dus aux entreprises, la faiblesse de la croissance hors hydrocarbures. Mais derrière cette supposée franchise ou lucidité, des affirmations relèvent plus de la politique et plusieurs questions sérieuses, pour ne pas dire essentielles, restent tout simplement sans réponse.
Par Rokia Pédro
DPG d’Al Aminou Lo : les chiffres, les promesses et les non-dits du Premier ministre
« Les chiffres finissent toujours par avoir raison des discours », a affirmé le Premier ministre himself dans son discours. Alors, prenons-le simplement au mot.
Près de 132 % du PIB de dette publique consolidée fin 2024, 1 956 milliards de FCFA d’arriérés de paiement et une croissance hors hydrocarbures limitée à 2,2 % en 2025 : le diagnostic est sévère. Le gouvernement reconnaît même qu’après presque trente mois de pouvoir, les changements se sont opérés « à un rythme particulièrement lent » et que « trop souvent, l’intention a précédé la structuration et l’annonce l’exécution ». Un constat qui sonne aussi comme une critique de son propre camp. Même si, par ailleurs, il a bien souligné que cela ne fait que trois mois qu’il est à son poste et que, par conséquent, l’actuel président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, est comptable du bilan actuel de la gestion du pays. Oui, et après ?
Est-ce que reconnaître les difficultés que traverse le pays suffit ? Bien sûr que non ! Non !
Sur le pouvoir d’achat, par exemple, le PM Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo promet de s’attaquer au panier de la ménagère. Comment ? Rappelons, en passant, qu’il y a eu une marche contre la vie chère ce week-end dans la capitale sénégalaise.
En produisant davantage localement, en renforçant le stockage et en élaborant des contrats-programmes avec les filières. Après trente mois, le Sénégalais qui peine à remplir son panier peut légitimement attendre autre chose qu’un nouveau diagnostic à moyen terme.
Même prudence devant les 1,52 million d’emplois annoncés à l’horizon 2029. Le discours parle en réalité d’un « potentiel global ». Combien seront réellement créés ? Combien seront permanents, formels et accessibles aux jeunes ? Un potentiel statistique ne fait pas vivre une famille sénégalaise étouffée par la cherté de la facture d’électricité, le prix du sac de riz, celui du bidon d’huile…
Sur le FMI, le discours du PM devient franchement politique. Car, à la question de savoir ce que le Sénégal aurait concédé, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo répond : « RIEN !! ». Cela ne peut en aucun cas être rien !
Pourtant, il a annoncé dans le même temps la rationalisation des dépenses, de nouvelles mesures fiscales, la maîtrise des recrutements publics et une réforme des subventions énergétiques. Que ces mesures aient été prévues auparavant ne les rend pas indolores. Et c’est là le principal non-dit : qui supportera l’effort ? Les Sénégalais ?
Le ciblage des subventions peut être économiquement justifié. Mais une hausse du coût de l’énergie va aussi se répercuter sur le transport, les marchandises et, évidemment, les prix. Dès lors, qu’adviendra-t-il surtout de cette classe moyenne qui ne sera peut-être pas assez pauvre pour bénéficier des protections, mais pas assez riche pour absorber de nouvelles charges ? Et comment tout ceci se fera-t-il ?
Même interrogation sur la dette. On parle de « traitement » ou de « reprofilage », avec allongement des maturités et réduction de son coût. Surtout pas de restructuration ! Les mots peuvent rassurer. Mais ils ne suffisent pas à effacer la contrainte financière.
Cette DPG n’est donc pas vide. Monsieur le PM a de la répartie et il a des formules subtiles pour répondre à ses détracteurs. La DPG a même le mérite de reconnaître une réalité sociale terrible : près de 40 % de la population appartient à des ménages vulnérables. On serait tenté de dire que le PM a été sincère, franc.
Mais le Sénégal n’est plus au temps des visions et des promesses. Non ! Après trente mois, malgré l’immense espoir que les Sénégalais ont placé dans ces jeunes dirigeants élus avec la manière, la question n’est plus seulement de savoir où le pays veut être en 2050. Elle est bien plus simple, vraiment pas compliquée : qu’est-ce qui changera réellement dans la vie des Sénégalais en 2027 ?
Puisque le Premier ministre nous prévient que les chiffres finissent toujours par avoir raison des discours, gardons ceux de cette DPG. Dans un an, il faudra les ressortir. Et compter, non plus les promesses, mais les résultats.







