Titres de séjour : pourquoi faut-il autant souffrir pour rester en règle ?

Renouveler son titre de séjour, refaire une carte perdue ou simplement récupérer un titre déjà fabriqué : en France, toutes ces démarches peuvent vite devenir un véritable parcours du combattant.
Par Rokia Pédro
Il faut attendre. Toujours attendre. Attendre un rendez-vous, une réponse, un message ou une convocation. Parfois, la carte est déjà disponible, mais son titulaire ne peut la récupérer que trois ou quatre mois plus tard, faute de rendez-vous. Trois ou quatre mois encore de perdus. Pourtant, le document est là. Alors, qu’est-ce qui bloque ?
À chaque renouvellement, le même stress recommence. Il faut surveiller son compte ANEF, consulter sans cesse ses mails, vérifier ses SMS et chercher un créneau sur le site de la préfecture. Ces démarches prennent du temps, beaucoup de temps. Elles sont chronophages, fatigantes et surtout très stressantes.
Le pire, c’est que les étrangers concernés ne cherchent pas à contourner la loi. Au contraire, ils veulent être en règle. Or, pour être en règle dans ce pays, il faut accomplir toutes ces démarches. Pourquoi alors les rendre aussi lentes et aussi compliquées ?
Depuis le 1er janvier 2026, il faut encore ajouter, pour une première demande de carte de séjour pluriannuelle ou de carte de résident, un examen civique. L’attestation de réussite doit être présentée au moment du dépôt de la demande. Il faut donc passer l’examen avant même de déposer son dossier. Mais là aussi, encore faut-il trouver une place et obtenir une date assez rapidement !
Cet examen, prévu par les textes officiels, comprend quarante questions sur les valeurs de la République, les institutions, les droits et les devoirs ainsi que la vie en société. On peut comprendre que la France veuille s’assurer que les personnes qui souhaitent s’y installer durablement connaissent ses valeurs et ses règles. Mais il faut alors leur donner les moyens de passer cet examen sans les obliger à attendre indéfiniment.
Ces lenteurs ne sont pas seulement une impression. Dans un rapport publié en juillet 2026, la Défenseure des droits révèle que le délai moyen de délivrance d’un titre de séjour est passé de 78 jours en 2019 à 110 jours en 2023. Pour les renouvellements, il a même atteint 117 jours en moyenne en 2025. Le nombre de dossiers en attente est passé de 243 000 à près de 403 000 entre 2019 et 2023.
Derrière ces chiffres, il y a des êtres humains. Des personnes qui peuvent perdre un emploi, voir leurs droits suspendus, renoncer à un voyage ou ne pas pouvoir effectuer certaines démarches importantes simplement parce que leur titre n’est pas arrivé à temps. C’est une vie entière qui peut être bloquée par un retard administratif.
Alors, on peut légitimement se poser la question : ces lenteurs sont-elles dues à un manque de personnel, aux défaillances de l’ANEF, à la complexité des procédures ou à une volonté de décourager les demandeurs ? Les rapports officiels parlent surtout de services saturés, de moyens humains insuffisants et de dysfonctionnements informatiques. Mais lorsque l’on vit cette attente, on finit forcément par se demander si toute cette lenteur n’est pas faite exprès.
À l’heure de l’intelligence artificielle et des progrès extraordinaires de l’informatique, comment expliquer que l’administration n’arrive toujours pas à organiser rapidement le retrait d’une carte déjà fabriquée ? Comment comprendre qu’il faille attendre plusieurs mois pour renouveler un document, obtenir un duplicata ou recevoir une simple convocation ?
On parle beaucoup de lutte contre l’immigration irrégulière. Mais pour régler sérieusement ce problème, il faut aussi permettre à ceux qui veulent respecter les règles de le faire dans des délais raisonnables. On ne peut pas demander aux étrangers d’être toujours en règle tout en leur imposant des procédures qui les exposent elles-mêmes à l’irrégularité.
Il faut davantage de personnel dans les préfectures, plus de rendez-vous, plus de dates pour les examens et un véritable accueil humain pour ceux qui sont bloqués par l’ANEF. Il faut également permettre à toute personne dont la carte est prête de la récupérer rapidement.
Être en règle ne devrait pas devenir une épreuve. Et accomplir une démarche administrative ne devrait pas provoquer autant d’angoisse. L’État demande aux étrangers de respecter ses lois. C’est normal. Mais l’administration doit, elle aussi, leur permettre de les respecter.
