Appel à la désobéissance civile – le grand défi des activistes

Au-delà du succès des manifestations spontanées, comment aiguiser le sens critique du citoyen sénégalais, mutualiser et canaliser toute cette détermination et maintenir cet élan de contestation et protestation né de la crise économique engendrée par la pandémie Covid-19, le tout au service de la bonne cause ? C’est ce que le think-tank Petroteam Monde cherche à impulser à travers l’appel à la désobéissance civile lancé publiquement ce week-end. Un défi grandeur nature…comportant toutefois des risques.

Rokia Pédro

Soit ces activistes qui appellent à la désobéissance civile ont des desseins trop ambitieux à la limite ils sont des prétentieux ; soit ils sont juste alertes et futés avec une certaine longueur d’avance sur les méthodes de lutte. Toujours est-il que ce groupes d’intellos qui ont réussi à investir les médias, -avec une tribune sur une chaine sénégalaise Sénégal7, l’une des rares à leur donner la parole sous ce régime Mackisard-, vient de lancer une campagne assez audacieuse de médiatisation de leur dernière trouvaille.   

Parce que la désobéissance civile, c’est quand les citoyens transgressent intentionnellement la loi pour faire pression sur l’exécutif afin de faire changer certaines décisions politiques comme c’est le cas actuellement sous le régime du président Sall fortement marqué par la mal gouvernance. En plus, le contexte s’y prête puisqu’un vent de ras-le-bol généralisé et de trop-plein de scandales financiers, d’injustice et de violence souffle dans le pays. La vase du citoyen «gorgorlu» déborde. Une idée ou concept qui surgit de ce «laboratoire d’idées» au moment opportun puisque les sénégalais semblent tenaillés par la révolte et en même temps veulent rester pacifiques et arriver à faire bouger les choses mais dans la non violence.

Justement, n’est-ce pas la désobéissance civile est acte de civisme de haute portée, selon ses promoteurs comme le philosophe John Rawls. Il ne s’agit pas non plus d’une insurrection encore moins d’une rupture de citoyenneté et surtout pas de violence. Un aspect que Cheikh Sadibou Diop, l’interface actuel dans les médias du think tank Pétroteam Monde a tenu à souligner, insistant au cours de son live télévisé que leur invite à la désobéissance civile s’inscrit dans la non violence.

Un brin de prudence non négligeable au pays de Macky Sall dont la justice et la police sont si promptes à arrêter et à emprisonner des activistes, (les cas de Guy Marius Sagna, Abdou Karim Guèye Nittu Deug et d’Assane Diouf …sont édifiants).  Inutile de rappeler qu’il s’agit d’une entreprise ou combat comme ils aiment l’appeler, qui n’est pas sans risques personnels, d’arrestations, d’intimidation, de procès etc. Sauf que ces gens ont certainement  compris que c’est le bon moment pour enfin faire changer la peur ou l’inconfort de côté. Le pouvoir doit revenir au peuple. Par ses temps qui courent, qui sait, la mobilisation aux Etats-Unis, en France et au Mali proche pourrait être contagieuse.

En effet c’est avec un jargon belliciste sur les bords et va-t-en guerre assumé que se sont exprimé les différents intervenants à l’émission du think tank ; des invités castés chez les «révolutionnaires pacifiques », parmi ces radicaux de la toile sénégalaise.  Le live du groupe a réuni Kyaz Fof activiste engagé basé à Paris, Makhtar le Cagoulard ancien rappeur underground actuellement aux USA, Mollah Morgun un dur à cuire du mouvement hip hop sénégalais, Clédor Sène connu pour un passé qui lui colle à la peau à tort ou à raison et Aguibou Diallo président dudit groupe de réflexion qui se singularise par des prises de positions radicales et souvent jugées agressives. L’émission a alors été de loin, la plus suivie depuis que  ce «laboratoire d’idées» a une tribune télévisée. Makhtar le cagoulard dira; «pas besoin de nombre mais d’alliés de qualité» et que leur stratégie de lutte ne sera pas discutée publiquement. Quant au président de Petroteam Monde, il a apprécié l’opportinuité du moment de cet appel à la désobéissance civile en ces termes «cette situation était fatidique et prévisible. Macky ne pas affamer le peuple leur priver de liberté sans que les gens ne se rebiffent à un moment donné. C’est l’instinct de survie qui parle dans cette situation. Il faut que Macky Sall parte. Que les sénégalais sachent que la crise de légitimité est cristallisé au sein même se la capitale de la démocratie

Actuellement au Sénégal, c’est un ras-le-bol généralisé qui est constaté. Il s’agit de manquements criards à tous les niveaux ; l’incompétence, du clientélisme politique, une justice couchée, gestion clanique du bien commun, des couacs à n’en plus finir résultant de la mal gouvernance. Au plan politique le problème lié au fichier électoral reste entier, il n’est pas fiable ;  la fabrication et la non distribution des cartes d’électeurs, les scandales financiers qui ont émaillé le règne du président Sall, à l’état d’urgence, le couvre-feu et la scandaleuse gestion de la pandémie Covid-19.

 L’objectif serait de médiatiser très largement et de vendre au maximum de sénégalais possible cette «solution désobéissance civile ». Surement, ils veulent surfer sur la vague de protestation et maintenir une certaine pression sur les gouvernants. D’autant plus que pas loin du Sénégal, au Mali voisin, la mobilisation et la détermination du peuple ont fini par payer.

Alors faut-il s’attendre à un cadre unitaire pour mieux organiser ce combat pour la désobéissance civile afin de «faire partir  Macky» ? Les activistes vont-ils réussir une convergence d’idées, à transcender les conflits interpersonnels et inter groupes qui les minent pour, sur ce coup-ci réussir ce pari citoyen de haute envergure ?

 

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