Le journaliste face au Covid-19 et son flux d’infox – Comment informer et éviter la psychose?

Flux d’infox sur le Covid-19 et grande abondance de manipulations de la part des adeptes de la théorie du complot, c’est ce à quoi l’on assiste dernièrement dans l’espace public médiatique. Les réseaux sociaux aidant, infos, intox et vidéos sont presque aussi épidémiques que ce coronavirus. Trier le bon grain de l’ivraie devient de plus en plus une tâche ardue, même pour les professionnels de l’information. Dans le contexte actuel de Covid-19, le journaliste est mis à rude épreuve. Quand les bonnes nouvelles se font rares, comment informer sans installer la psychose, susciter un débat politique sans saper l’union nationale ou être décalé…?

Mamadou Ndiaye,  formateur sénégalais en web-journalisme, directeur des études du centre d’Etudes des sciences et Techniques de l’Information (CESTI) a bien voulu nous accorder une petite interview.  

Par Rokia Pédro

Rokia Pédro – Au premier chef le journaliste est concerné dans ce contexte de Covid-19. Faut-il nécessairement informer autrement ?Doit-on cacher la vérité aux gens pour ne pas les affoler ?

La fonction première d’un média ou d’un journaliste est d’informer de la manière la plus honnête possible et dans le respect strict des règles du métier. Dans le cadre de la crise du Covid-19, les États et les structures responsables de la riposte font des médias des partenaires privilégiés dans la transmission des informations et pour la sensibilisation. Des points de presse réguliers sont organisés par les autorités sanitaires dans le but de donner aux journalistes les dernières informations relatives à la pandémie.
Il est vrai que les informations diffusées dans un contexte de crise sanitaire requièrent une attitude plus responsable du fait du caractère sensible de la situation. Donc, il faut informer autrement, avec beaucoup d’intelligence et de recul. Les populations vivent un désarroi certain et il suffit d’une petite étincelle pour que les choses dégénèrent.
Malgré tout, les journalistes doivent dire la vérité, toute la vérité. Aucune manipulation des masses ne devrait être cautionnée par un organe de presse. Aucun débat ne devrait être banni ou escamotée au nom d’une quelconque valeur républicaine ou d’un patriotisme mal placé. Les citoyens doivent quand même savoir que leurs représentants ont été à la hauteur ou pas, ont fait tout ce qu’il fallait faire ou pas.

Rokia Pédro – L’on sait que le journaliste a un grand rôle à jouer pour l’acceptabilité de l’opinion des mesures actuelles prises par le gouvernement. Mais pour autant, faut-il délaisser ou ignorer d’autres sujets tels les débats politiques et scientifiques liés au Covid-19 ?

Avant même que les différentes décisions soient prises par les chefs d’Etat, les médias avaient déjà sensibilisé les populations sur la pandémie. De nombreuses productions ont été réalisées. Beaucoup d’organisations ou des particuliers ont eu à annuler leurs différentes manifestations sur la base d’une logique appelée principe de précaution. Ces décisions prises sur la base du travail d’information réalisé par les journalistes ont été présentées sous les valeurs de responsabilité, de solidarité et de patriotisme.
Cependant, le compte rendu quotidien ne devrait pas empêcher les journalistes d’aller en profondeur et traiter les questions adjacentes à la crise du Covid-19. Quels sont les impacts sur l’économie ? Quelles seront les conséquences de ce confinement quasi généralisé ? Quelle est la responsabilité des gouvernants actuels dans la casse de l’hôpital public ? Dans le contexte africain, l’argent collecté dans le cadre de la riposte sera til bien géré ? Comment faire pour que les fonds ne soient pas détournés ?

Rokia Pédro – On sent des intérêts un peu plus que sanitaires du côté des politiques. Susciter un débat contradictoire qui, eu reste, garantit la vie démocratie dans un pays, selon vous est-ce briser l’élan patriote ou saper l’union nationale?

Les partis politiques ont été obligés d’entrer dans une union sacrée avec cette pandémie du Covid-19. . Certains ont même salué et partagé les décisions de l’exécutif.
Ils ont fait preuve d’intelligence politique car en de pareilles circonstances, il faut taire les divergences et prôner l’union nationale autour de la lutte contre le Covid 19.
Le débat politique réduit à sa plus faible expression tourne autour de la gestion de la crise. Mêmes les activités ou déclarations concernent exclusivement la situation du pays face au Covid-19.
De toutes façons, les citoyens ont la tête ailleurs. Faire de politique politicienne semble même indécent en ce moment.
Pour profiter de la sympathie des citoyens, ils doivent s’investir dans le social, prôner l’unité et être aux côtés des populations. En d’autres termes, dans une situation aussi délicate, être aux côtés des populations semble être le meilleur choix.

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