Le renouveau moral du PDS

Le renouveau moral du PDS 

Il n’est jamais facile de perdre le pouvoir. La traversée du désert politique est toujours promise. C’est le cas du parti socialiste qui ne s’est jamais remis de sa défaite historique de 2000. Si, aujourd’hui, ce parti est au pouvoir, c’est par le bon vouloir du président Macky Sall, et de son concept de majorité arc-en-ciel. Malheur à ceux qui ont rompu avec le pacte de coopération gouvernementale, à l’exemple de Khalifa Sall ! « Tu seras banni à tout jamais du landerneau politique ! », slogan favori de l’APR. 

Emmanuel Desfourneaux

Bien entendu, le PDS a connu ses heures sombres après 2012Ce parti fut le plus traqué, noyauté, humilié de toute l’histoire politique du Sénégal. Tout a été fait pour qu’il ait la tête sous l’eau pendant de longues décennies. 

Cependant, chose inédite, ce parti conserve une capacité de rebond extraordinaire. A l’opposé du parti socialiste, cinq ans après son départ, le PDS revient par la grande porte. Si les élections législatives de 2017 avaient été plus transparentes, il n’est pas impossible que ce parti dirigeât un gouvernement de « cohabitation »Sans perdre de vue que Me Abdoulaye Wade, à la tête de ses troupes, détient à lui seul une majorité « sociologique » au Sénégal !  

Peut-être ce regain de forme politique a-t-il valu au candidat du PDS d’être exilé et éliminé de la course présidentielle de 2019. Il s’en est suivi une période de spleen où tous les militants ont été infectés par la démotivation et la démobilisationLe retour de Karim Wade, le prodige du PDS pour les militants, était évoqué du bout des lèvres.  

Toutes les stratégies politiques, de la terre brûlée à la lutte internationale, ont été entreprises ! Pas moyen d’infléchir Macky Sallson deuxième mandat était sa priorité absolue. Et surtout pas moyen d’embarquer l’opposition dans sa décision historique de boycotter l’élection présidentielle. A ce moment-là, le PDS a mesuré sa solitude politique, et l’absence d’alliés réels à ses côtés. Cette blessure encore ouverte aura des percussions dans l’avenir. 

Pourquoi dans cet édito je vous parle de renouveau moral du PDS ? Que s’est-il passé depuis ? Pardi ! LCovid-19 a changé la donne politique. Ce virus a affaibli Macky Sall, et l’Etat dans sa composante protectrice. Ce virus a rendu caduc les jeux politiciens du dialogue national. La covid-19 rabat les cartes. Je m’intéresse particulièrement à ces derniers mois car, devant nos yeux, même si a priori tout le monde n’en prend pas consciencese profile un nouveau PDS.  

Par renouveau moral, j’entends à la fois un nouvel état d’esprit positif, conquérant et aussi une virtuosité républicaine retrouvée. Le sourire au PDS réapparaît, encore timide, hésitant et méfiant. Et a fortiori humble car l’heure est grave. L’essentiel, c’est la mise en échec de la marginalisation républicaine du PDS 

L’épisode de la rencontre entre les 2 présidents lors de l’inauguration de la Mosquée « Masalikou Al Jinane »avait laissé entrevoir un dégel entre le PDS et Macky Sall. Si la volte-face du pouvoir n’avait pas tout ruiné, sans doute le PDS aurait-il cheminé vers une voie plus coopérative avec le pouvoir, sans toutefois parler de compromissions 

Depuis l’apparition du Covid-19, le PDS a eu un comportement exemplaire. Ce parti a très tôt pris la mesure du danger du coronavirus. Peut-être le premier de tous les partis politiques confondus ! Sur le plan sanitaire, le secrétaire général, Me Abdoualye Wade, a annoncé le gel des activités politiquesCette décision fut difficile à prendre. Le PDS était au tout début d’un renouvellement inédit de ses fédérations en vue d’enclencher une nouvelle dynamique après la mise en place de son nouveau secrétariat général. Seulement, la santé primait sur le partiLe PDS a montré la voie à l’Etat sénégalais. 

Le PDS a répondu présent à l’appel de Macky Sall de rencontrer les principaux partis politiques du Sénégal au palais. Le PDS est le parti de l’opposition le mieux représenté au sein du Comité de suivi de Force Covid-19. Le PDS a voté la loi d’habilitation. Tout dernièrement, le leader du PDS a envoyé des kits de dépistage en coordination avec le ministère de la santé. Bref, ce parti s’est inscrit dans une logique de coopération transpartisane dans l’intérêt supérieur de l’Etat. 

Ces engagements successifs étaient loin d’être acquis. Ce n’est pas chose facile pour un parti de contribuer à un élan fût-il national dès lors que l’Etat est incarné par un homme qui, à sa tête, a affronté un parti, ses leaders et ses militants avec des armes déloyales. 

Ne tournons pas autour du pot ! Le choix de la solidarité nationale au niveau du PDS, est du fait d’un seul homme : Karim Wade. Raillé par ses adversaires, pour son soi-disant manque de courage ou de combativité (2ème personnalité politique dont la détention fût la plus longue au Sénégal !), ces derniers sont bien silencieux devant la crise que traverse le Sénégal. Fort d’un discours retentissant, Karim Wade a transcendé sa rancœur légitime, a mis de côté ses exigences de justiciable pour se ranger aux côtés de l’Etat. Avec la Covid-19, il a fait preuve d’une maturité politique qui surprend jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. 

Le PDS a fait sien le 5e couplet de l’hymne nationale du Sénégal : « Mais que si l’ennemi incendie nos frontières. Nous serons tous dressés et les armes au poing : Un peuple dans sa foi défiant tous les malheurs. Les jeunes et les vieux. Les hommes et les femmes. La mort, oui ! Nous disons la mort, mais pas la honte ! ». La Covid-19 est l’ennemi de tousCe virus s’attaque à l’économieaux personnes fragiles, aux familles, à la culture de proximité sociale si caractéristique du bien vivre sénégalais 

Le PDS a donc brisé le schéma traditionnel majorité et opposition. Et ce durant l’intervalle du Covid-19, tout du moins jusqu’en septembre selon les prédictions du Président. Fort de son expérience au pouvoir, le PDS a une haute estime pour les devoirs de l’Etat et le patriotisme. De surcroît, le PDS est historiquement le parti qui a le plus duré dans l’opposition, avant 2000 (26 ans) après 2012 (8 ans) : il en connaît les sacrifices mais aussi les moments opportuns de la concorde pour le Sénégal. A l’époque de Me Abdoualye Wade, le PDS avait participé à deux gouvernements d’union nationale. 

Beaucoup de choix de Macky Sall sont discutables. Les dysfonctionnements dans la gestion de la crise sanitaire sont légion. La grogne monte. La contribution du PDS est loin d’être un blanc-seing accordé au président Macky Sall. C’est plutôt l’expression d’une nouvelle morale politique portée par le PDS : l’intérêt général avant toutes revendications judiciaires, même légitimes ! 

Dans les semaines et mois à venir, des chamboulements politiques sans précédent vont survenir. Je vous en parlerai bientôt. Le PDS aura des choix cruciaux à faire pour son avenir. Entretemps, ce parti devra poursuivre sa mue politique, tant doctrinale qu’organisationnelle. Et là il y a du travail sur la planche dont le nettoyage urgent des écuries d’Augias sur bien des sujets. 

3 thoughts on “Le renouveau moral du PDS

  1. Une analyse très pertinente et objective.
    L’espoir est permis pour tous les militants wadistes qui intingrent les démarches bien réfléchis de Wade et katim. Le combat continue.

    1. Très belle analyse. Le Pds à besoin d’un nouveau souffle qui doit impérativement être porté par de nouveaux leaders. Nous sommes sur le bonne mais devons être plus courageux plus altruistes. Il faut , comme le font les grands partis occidentaux permettre aux nouveaux « arrivants  » de faire rennaitre l’espoir avec le « Sopéti » . WADISTE pour toujours

  2. Il faut être toujours fidèle wadiste pour militant éternel,avec le bâtisseur maintenons le flambeau vers le sommet

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